Quand le «287» faisait la fête aux dealers

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Une gestion « hallucinante ». C'est ainsi que la procureur du tribunal correctionnel de Bobigny (93) a qualifié hier la façon dont Dominique Jouan a dirigé entre 2002 et 2003 le « 287 », la boîte de nuit d'Aubervilliers dont Jean-Luc Lahaye était propriétaire.

Quand il récupère, à la fin 2001, l'établissement qui s'écroule, Dominique Jouan décide de miser sur les afters, ces soirées qui se terminent en matinée. Bientôt, elles attirent people, anonymes, et pas seulement ceux qui aiment danser. Cocaïne, ecstasy, kétamine : selon une foule de témoins, la boîte devient « un supermarché de la drogue », une « usine ». On y demande un verre d'eau au barman pour avaler son cachet euphorisant, pendant qu'au carré VIP, on sniffe à même la table. Tout le monde participe – « du distributeur de flyers au drag-queen » – et tout le monde vient, même Jacques Chirac (en journée) pour l'inauguration d'un site Internet.

Le tout s'achèvera en mars 2003 par une perquisition de police lors de laquelle on retrouve 43 000 e en liquide, des armes et partout, des traces de cocaïne. Pendant plus d'un an, pourtant, alors que la boîte attire 5 000 fêtards par week-end, personne n'a rien voulu voir. Et surtout pas les gérants, dont les caisses se remplissent. Comme les poches des videurs. Quand les dealers viennent pour la première fois, ils sont en effet conduits dans une petite pièce près des toilettes. On les fouille, on les déshabille complètement, on les fait s'accroupir, on les frappe même parfois, on leur confisque leur matos... et on leur rend. S'ils acceptent de payer une taxe.

Jamais les policiers ne sont prévenus. Jamais ils ne viennent fourrer leur nez au « 287 ». Sauf ceux employés au noir dans la boîte, encore en fonction pour certains, mais que la justice n'a pas cru bon de poursuivre malgré des témoignages concordants. Jouan argue qu'il « préfère un bon policer au noir qu'un mauvais vigile ». Mais, comme ses videurs, il nie le reste en bloc. Alors qu'on a retrouvé des traces de cocaïne dans ses urines, il explique qu'il « manie beaucoup de billets, sur lesquels il y a des traces de coke » et qu'il se ronge les ongles. Pas convaincue par l'ensemble de ses explications, la procureur a requis contre lui trente mois de prison, dont vingt avec sursis.

Michaël Hajdenberg

Contre les trois agents de sécurité jugés hier, la procureur a requis de 4 à 18 mois de prison. Le jugement a été mis en délibéré.