Les hôtels, une solution d'urgence onéreuse

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Oumou, mère de jumeaux de six mois et d'un petit garçon de quatre ans, n'en peut plus. Logée à l'hôtel Formule 1 de la porte de Saint-Ouen dans 9 m2 depuis quatre mois, elle attend son relogement en HLM depuis quatre ans. Elle a « fait beaucoup de courriers », est « d'accord pour aller en banlieue, même à une heure de Paris, pour que les enfants soient heureux ». Son loyer s'élève à 1 300 e par mois, payés notamment par l'aide sociale à l'enfance.

A Paris, 12 000 personnes sont dans sa situation, logées dans des hôtels payés à la nuit à un prix exorbitant. Une dépense en forte augmentation, financée en grande partie par la Ddass et l'Etat, à travers le Samu social. Le 115 a consacré 4,3 millions d'euros à l'hébergement hôtelier en 2000, contre 37 millions d'euros en 2006. Une augmentation de 760 % en six ans ! La Ville de Paris, qui héberge 900 familles (soit 2 500 à 3 000 personnes) au titre de l'aide sociale à l'enfance, a également vu ses chiffres exploser : de 3,2 millions dépensés en 2001, elle a déboursé 13 millions d'euros en 2006 pour payer des chambres d'hôtel. « C'est une montée constante. Initialement, l'aide sociale à l'enfance devait servir à des projets éducatifs. Aujourd'hui, elle s'est transformée en fonds de solidarité logement », déplore Gisèle Stièvenard, adjointe (PS) chargée des Affaires sociales. Elle assure rechercher « toutes les solutions possibles et imaginables » (lire ci-contre) et a « établi une liste des hôtels en mauvais état, où nous refusons de loger nos administrés ».

Pour Xavier Emmanuelli, président du Samu social de Paris, la solution serait « la création de résidences hôtelières à vocation sociale », qui serviraient « principalement aux sans-papiers. Mais c'est un choix politique. » Christian Descheemaeker, président de la chambre régionale des comptes, va dans son sens : « En voulant faire du caritatif, on enrichit les marchands de sommeil. Les hôtels sont beaucoup trop chers, il faut trouver d'autres formules. »

Magali Gruet

Le nombre de femmes isolées accueillies par le Samu social est passé de 3 000 en 1999 à 4 500 en 2004. Les jeunes de 18 à 25 ans représentaient moins de 2 % des demandeurs en 1999. Ils sont aujourd'hui près de 18 %.