Paris

Un «oublié de la canicule» rendu aux siens

« Je ne pouvais pas supporter de le savoir là, enterré presque comme un chien. » Lorsqu'elle a appris que Claude Béchat, un ami de jeunesse, figurait parmi les quarante « oubliés de la canicule » inhumés au cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne)...

« Je ne pouvais pas supporter de le savoir là, enterré presque comme un chien. » Lorsqu'elle a appris que Claude Béchat, un ami de jeunesse, figurait parmi les quarante « oubliés de la canicule » inhumés au cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne), Jacqueline Fouchart a décidé de se mobiliser. Et après trois ans de démarches, elle a obtenu que le corps de son ami soit exhumé. La cérémonie a lieu aujourd'hui. « Il va enfin pouvoir rejoindre la tombe de ses parents, en Ariège, comme il le souhaitait de son vivant », soupire cette femme de 84 ans.

Claude a été retrouvé six jours après sa mort dans son petit appartement du 5e arrondissement, en pleine canicule de l'été 2003. Malgré les appels lancés par la Mairie, personne n'est venu réclamer son corps. Agé de 78 ans, fils unique, il avait été marié deux fois, mais n'avait pas d'enfants. Ni a fortiori d'héritiers. « Il est mort seul, vous imaginez ? », s'insurge la vieille dame. C'est la première fois que le corps d'un « oublié de la canicule » est ainsi exhumé. « C'est l'histoire de vivants qui s'occupent enfin de leurs morts », commente Danièle Alet, auteur d'un documentaire consacré aux personnes décédées en solitaire au cours de l'été 2003. C'est en partie grâce à elle que la chaîne de solidarité a pu se déployer. Jacqueline accompagnera le corps de son ami au crématorium du Père-Lachaise. Et dans quinze jours, elle ira déposer ses cendres dans la sépulture familiale. « Pour qu'il repose enfin en paix. »

Laure de Charette

Si aucun proche des trente-neuf autres oubliés de la canicule ne se manifeste, leurs cendres seront dispersées dans deux ans sur la pelouse du cimetière de Thiais.