Benoît Leclercq : «On se recentre sur ce que l'on sait faire»

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Benoît Leclercq, directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Quels projets espérez-vous voir menés à bien ?

Je souhaite qu'on développe l'activité clinique. A l'AP-HP, toutes les pathologies sont soignées, mais certaines le sont moins souvent que dans le privé. On a du retard notamment en chirurgie ophtalmologique, ORL et maxillo-faciale. Il faut donner le choix aux patients.

Public ou privé, le patient ne fait-il pas surtout son choix en fonction de ses revenus ?

Un certain nombre de nos patients bénéficient d'une aide sociale. Mais ce qui m'importe, c'est que tout le monde, y compris les plus vulnérables, accède à l'hôpital et à des soins de qualité. Sans barrage lié à l'argent ou aux origines sociales. Je tiens à cette égalité d'accès, qui fait la particularité du système de santé français.

Certains habitants de quartiers défavorisés se plaignent de ne plus avoir ni médecins, ni accès aux soins. L'AP-HP peut-elle changer cet état de fait ?

Nous assurons les urgences, les soins courants et l'accueil des personnes âgées dans seize territoires santé sur vingt-deux en Ile-de-France. Dans les six autres territoires, d'autres acteurs sont présents. Mais il n'est pas de notre compétence d'envoyer les médecins que nous formons dans tel ou tel secteur pour pallier la désertification médicale. En revanche, quand un besoin particulier est exprimé, comme récemment à l'hôpital AP-HP Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), nous intervenons : les urgences avaient besoin d'être modernisées et la structure d'être améliorée.

Le nombre de Parisiens de plus de 80 ans aura augmenté de 14 % en 2010. Or 800 lits de long séjour doivent être fermés en gériatrie. Ne faut-il pas plutôt en ouvrir ?

On ne ferme pas, on reconvertit ces lits et on se recentre sur ce que l'on sait faire : le soin des personnes âgées dépendantes. L'hébergement des moins dépendants relève du secteur médico-social. L'AP-HP a un programme d'ouverture de 1 600 lits et places pour les personnes âgées, qui va du très court séjour à l'hospitalisation à domicile, en passant par les soins de suite ou de réadaptation.

Les 750 services sont réunis en 173 pôles. Quel impact cette réorganisation a-t-elle sur les patients et sur les soignants ?

Les pôles sont réorganisés en fonction de l'âge [enfant, adulte], de l'organe [coeur, thorax] ou de la maladie [cancer]. Avec pour chaque pôle un responsable médecin, qui sera désigné en janvier 2007. Cette logique médicale est un plus pour le patient, les soins étant organisés autour de lui. Quant aux soignants, certains services vont être renforcés, d'autres réorganisés.

Où en est l'informatisation des dossiers des patients ?

Cela commence à fonctionner. A partir du nom du patient, on pourra accéder à ses événements médicaux. L'informatique limitera les erreurs dans la prescription ou l'orthographe d'un médicament ou du nom d'un patient.

Quelle est votre ambition pour l'hôpital public de Paris ?

Je souhaite que nos médecins contribuent à l'avancée de la recherche, qu'on développe la chirurgie mini-invasive, c'est-à-dire la robotisation du geste médical. L'AP-HP est une structure originale dans le monde occidental, elle doit rayonner aussi à l'international.

Recueilli par L. d C.