Coup de frein sur l'expulsion au Formule 1

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Il n'y aura finalement pas d'expulsion massive, après la mobilisation, hier, d'une quarantaine de familles vivant à l'hôtel Formule 1 de la porte de Saint-Ouen. Placés dans des chambres de 9 m2 par les services sociaux, faute de mieux, les « précaires » de cet établissement du groupe Accor s'étaient vu annoncer, la semaine dernière, qu'ils devraient quitter les lieux. « On s'est présenté pour payer, mais on nous a dit qu'il fallait partir, car l'hôtel attendait des touristes », raconte un habitant. Certains vivent ici depuis plus d'un an. « Tous travaillent et ont des papiers », précise Judith Skira, membre du Comité action logement (CAL), qui soutient les occupants.

Hier, à 9 h, les « locataires » se sont rassemblés dans le hall pour demander des explications. La directrice de l'hôtel est vite venue calmer le jeu et donner sa version de l'histoire. Finalement, ne seront concernés que « ceux qui ne respectent pas les règles ». « J'ai appris la semaine dernière que certains vivent à quatre par chambre, la loi ne permet que trois occupants. Ceux qui sont quatre doivent prendre une deuxième chambre. » Pour 1 800 e par mois. « Moi, j'ai deux bébés et je suis là depuis un an. Pourquoi vous vous réveillez aujourd'hui ? », demande une mère. « Ce n'est pas votre problème. Je ne suis pas assistante sociale. Vous êtes des clients comme les autres, je n'ai pas à gérer ces histoires. » Le ton monte. « Vous faites de l'argent sur le dos des pauvres, ils louent deux étages de votre hôtel », lance Judith Skira. « J'ai des problèmes de cafards, de nuisances sonores. Certains ne sont pas corrects en termes d'hygiène et refusent le nettoyage des chambres », lui rétorque la directrice.

L'expulsion massive n'aura toutefois pas lieu. La directrice voulait « faire le point sur la situation, c'est pour ça que les paiements ont été suspendus la semaine dernière ». Quelques cas litigieux restent à régler. Certains ont obtenu un renouvellement pour une semaine. Pour Judith Skira, « ça, c'est la précarité ».

Magali Gruet

Les Formule 1 des portes de Montreuil et de Châtillon accueillent également des précaires à l'année, selon le Comité action logement.