Le 93 donne les trois coups contre le mariage forcé

©2006 20 minutes

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Emue par son rôle inopiné, Symzie s'emporte : « Mais c'est un viol de l'obliger à coucher et vivre avec quelqu'un qu'elle ne connaît pas ! » Symzie, 24 ans, est infirmière. Au début de la représentation, elle n'était que spectatrice. Mais dans ce théâtre improvisé qui se tient dans la chapelle de l'hôpital Ville-Evrard de Neuilly-sur-Marne, les cent cinquante spectateurs peuvent demander à changer le cours de la pièce. Le cours d'une vie. En quelques minutes, ils doivent convaincre un oncle, un ami ou un prof fictif d'aider une amie que ses parents veulent marier de force.

Selon Justine Rocherieux, de l'association Gams (Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles), quelque 70 000 femmes seraient con-cernées en France par les mariages forcés. Le conseil général de Seine-Saint-Denis, qui a mis en place en 1995 un observatoire de la violence faite aux femmes, a donc décidé de placer cette problématique au coeur de sa communication en 2006. Il est conscient que, depuis le milieu des années 1990, les cas se multiplient dans les communautés maliennes, maghrébines ou turques, mais que la parole tarde à se libérer. « Il y a des pressions matérielles et psychologiques des parents et des grands frères », explique le Gams.

La tournée de deux troupes dans le 93 vise donc à apprendre à se défendre*. « On saisit mieux la difficulté de résister, explique Fabiola, 18 ans, lycéenne d'origine togolaise. Je découvre aussi que c'est interdit par la loi. » Une loi parfois contournée, quand les familles procèdent à un mariage religieux et non civil. D'autant que ce n'est qu'en avril dernier que l'âge légal du mariage est passé de 15 ans à 18 ans pour une femme. Preuve d'une lente prise de conscience.

Michaël Hajdenberg

* Dernières représentations aujourd'hui à 9 h 30 au cinéma Louis-Daquin (Le Blanc-Mesnil) et à 14 h au conseil municipal de Pierrefitte.