Paris: Comment les salles obscures font les yeux doux aux cinéphiles

Oihana Gabriel

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L'UGC Ciné CIté Paris 19 ouvre boulevard Macdonald, le 23 octobre 2013.
L'UGC Ciné CIté Paris 19 ouvre boulevard Macdonald, le 23 octobre 2013. — ALEXANDRE GELEBART/20MINUTES

Les exploitants de cinéma n’ont pas l’intention de se prendre les pieds dans la Toile. Optimistes, ils misent gros sur un avenir peuplé de cinéphiles. Qui auraient les moyens d’atteindre les salles obscures. Car face au boom du téléchargement, de la VOD et des écrans plats, on peut s’étonner de voir bourgeonner en région parisienne pas moins de trois multiplexes en ce mois d’octobre.

Un renouvellement qui a débuté en banlieue, dans le centre commercial de Tremblay-en-France le 16 octobre, avec la naissance du premier multiplexe Europacorp. La maison Besson parie sur des salles «nouvelle génération», comprendre avec prestations de prestige, pop-corn à la truffe, sofa et saumon. Un choix que tous les exploitants n’ont pas fait. Si ces 12 salles affichent un billet VIP de 25 euros, le Pathé Wepler (17e) avait donné un nouveau souffle aux places «première classe» en décembre 2012… avant de tirer un trait sur cette tentative.

Un nouvel UGC dans le 19e

Ce jeudi, les Parisiens pourront découvrir un nouveau multiplexe UGC dans le 19e. Un lieu de vie dans un quartier en pleine renaissance qui regarde vers Aubervilliers. Et qui garde la même politique tarifaire que les autres Ciné Cité. «Nous sommes pour le haut de gamme, mais généralisé à l’ensemble du Ciné Cité, se targue Hugues Borgia, directeur des Ciné Cité chez UGC. A Paris 19, le vrai luxe a été la conception avec un architecte, des foyers vastes, lumineux, un hall de 800 m2 avec bars, salons…»

Une semaine après, dix nouvelles salles Pathé ouvriront dans le nouveau centre commercial de Beaugrenelle (15e). Un hasard du calendrier qui rappelle la vivacité cinématographique de la ville lumière. Les rénovations de salles d’art et d’essai et les créations de multiplexes nouvelle génération répondent à un besoin de séduire face à Internet. Mais chaque maison cherche son créneau pour fidéliser ses clients. Et tous ne misent pas sur le haut de gamme onéreux. Début novembre, MK2 va agrandir son pôle sous la BNF, en y ajoutant quatre salles, «où le prix des billets commence à 4,90 euros, rappelle Nathanaël Karmitz, directeur général de MK2. Pour nous, le cinéma est un grand moment de partage. La notion d’évasion collective nous permet de lutter contre Internet.» Pour marquer sa différence, l’exploitant invite les spectateurs à profiter de ses «love seats» pour les couples, des restaurants et «amplifie sa politique d’animation avec 500 événements par an», selon Nathanaël Karmitz. 

Quid de la high-tech? «La technique de projection doit être optimale, c’est désormais un prérequis, mais la relation du spectateur au cinéma ne se réduit pas à la technique, détaille Hugues Borgia d’UGC. Notre stratégie se décline en quelques points: concentration dans les grandes agglomérations, participation à des opérations urbaines, la diversité de l’offre, la facilité d’accès, la fidélisation des spectateurs et des films en version originale.»

Trop de cinémas à Paris?

Avec dans les cartons un futur multiplexe Pathé à la Villette, un autre en 2016 à Batignolles, un agrandissement du MK2 Quai de Loire (voir notre Google Map des ouvertures de cinémas), la Ville Lumière ne risque-t-elle pas de compter trop d’écrans? «Le MK2 Bibliothèque qui a ouvert pas loin de l’UGC Bercy est une des salles les plus dynamiques d’Europe, nuance Nathanaël Karmitz. La concurrence est toujours quelque chose de positif.»

A condition que le public ne déserte pas les salles obscures. Selon les derniers chiffres du CNC, de janvier à septembre 2013, la fréquentation a baissé de 5,8% par rapport à 2012.

Retrouvez l'interview de Michel Gomez, délégué de la Mission Cinéma à la Mairie de Paris sur la floraison de cinémas dans la capitale.