Michel Gomez: «Si le cinéma devient inabordable, les spectateurs voteront avec leurs pieds»

Oihana Gabriel
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Un nouveau UGC Ciné Cité Paris 19 ouvre ses portes jeudi 24 octobre 2013 près de la porte d'Aubervilliers.
Un nouveau UGC Ciné Cité Paris 19 ouvre ses portes jeudi 24 octobre 2013 près de la porte d'Aubervilliers. — Iceberg


Le «Monsieur Cinéma» de Paris, Michel Gomez, revient sur les multiples créations de cinémas dans la capitale... et croit en l’avenir du 7e art malgré la concurrence d’Internet.

Entre Aéroville, UGC Ciné Cité Paris 19, le Pathé de Beaugrenelle, on assiste à l’ouverture de trois multiplexes en un mois en Ile-de-France…

Mais c’est un effet de loupe. Ces ouvertures sont très différentes. A Beaugrenelle (15e), il ne s’agit pas de création mais du remplacement de salles qui existaient [un ancien MK2]. Pour l’UGC Ciné Cité 19, on accroche un cinéma à une opération de renouvellement urbain, comme ça a été le cas aux Lilas et en 2016 aux Batignolles. Il y a en France une bonne corrélation entre la volonté publique et les investisseurs privés qui défendent le cinéma. Ce qu’on ne retrouve pas dans d’autres pays.

Est-ce que ça ne rime pas avec fermeture des salles d’art et essai ?

On n’a pas eu de fermeture de salle indépendante depuis cinq ans à Paris. On arrive à maintenir l’équilibre entre multiplexes et petites salles. Et c’est une spécificité parisienne, la capitale mondiale du cinéma. Si vous allez à Madrid, il n’y a plus de salles indépendants dans le centre.

Est-ce que le cinéma peut survivre au téléchargement ?

Cela fait trente ans qu’on annonce la mort du cinéma à cause de la télévision, du DVD, d’Internet... Mais il existe plusieurs moyens pour garder les spectateurs, en dehors de l’offre de films. La proximité est essentielle, mais l’expérience de la salle est importante également. C’est vrai que les nouvelles salles proposent, pour le Louxor un voyage, pour d’autres des nouvelles technologies ou innovent dans le confort.

Luc Besson parie sur le haut de gamme avec son multiplexe à Aéroville avec une place à 25 euros, alors qu’il y a quelques mois, Pathé a fait marche arrière sur ses places «première classe»…

Europacorp va vendre différents services. Mais les exploitants ont toujours ajouté au cinéma de la confiserie, de l’alimentation. Laissons les exploitants expérimenter. Pour Pathé Wepler, les élus de la Ville ont exprimé leur désaccord, mais c’est le marché lui-même qui a dit non.

Le billet des spectacles retransmis par exemple atteint aussi 20 euros… Est-ce que le cinéma n’est pas devenu trop cher et ne risque pas de mourir?

Les spectacles en direct sont très lisibles… mais représentent 1% de la programmation. Avec les abonnements et cartes, les prix des places ont baissé en dix ans pour atteindre en moyenne 6 euros.  

Pourtant les chiffres de fréquentation sont mauvais pour 2013…

On n’a pas eu en 2013 une comédie populaire qui tire la fréquentation vers le haut. Nous verrons dans les prochains mois si c’est une question d’offre, ou si c’est lié au contexte économique. Les exploitants savent qu’il faut faire attention à leur politique de prix. Si le cinéma devient inabordable, les spectateurs voteront avec leurs pieds.