Semaine européenne de la mobilité: «Les équipements cyclables mis en place à Paris ne sont pas très efficaces»

INTERVIEW A l'occasion de ses 10 ans, l'association Vélorution dresse un bilan contrasté de la pratique du vélo à Paris...

Propos recueillis par Jérôme Comin

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La rédaction de 20 Minutes a testé le vélo électrique, à Paris, le 29 mars 2012.
La rédaction de 20 Minutes a testé le vélo électrique, à Paris, le 29 mars 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Le 22 septembre 2003, 50 personnes à vélo se réunissaient place de l’Etoile. Objectif: attirer l’attention des Parisiens et des pouvoirs publics sur la place du vélo dans la capitale. Dix ans plus tard, le nombre de cyclistes participant à ces manifestations organisées par Vélorution n’a cessé de grossir pour atteindre les 1.500 personnes en 2010. Alors qu’une nouvelle manifestation anniversaire est prévue dimanche, jour de clôture de la semaine européenne de la mobilité, Jérôme Deskuilbet, membre fondateur de l’association, livre son analyse sur la place qu’occupe aujourd’hui le vélo à Paris.

Quel bilan faites-vous dix ans plus tard de la situation des cyclistes à Paris?

Depuis 2003, il y a eu quelques progrès comme le tourner à droite aux feux de circulation ou les voies réservées pour remonter les rues à sens unique, mais il y a toujours trop de voitures et une multiplication des scooters et motos qui entraînent mécaniquement une augmentation de la pollution en ville. Sans oublier que les équipements mis en place par la ville pour les vélos ne sont pas très efficaces.

C’est-à-dire?

L’installation de pistes cyclables sur les trottoirs, par exemple, est problématique car elles entraînent au final un conflit entre les vélos et les piétons, qui sont obligés de se disputer ces espaces. Ensuite, la multiplication de voies cyclables isolées par des bordures peut apparaître comme une bonne solution, car elles permettent de sécuriser le cycliste, mais elles sont beaucoup trop étroites. Du coup, dès qu’il y a un afflux de vélos, comme lors des grèves de transports, ça bouchonne. Et surtout, ce système n’est pas adapté si on veut augmenter la place du vélo dans la ville.

Comment améliorer la vie des cyclistes à Paris?

La solution la plus efficace est de limiter la vitesse maximale à 30 km/h dans toute la ville ce qui limiterait la pollution tout en rassurant les cyclistes. Ensuite, il faut augmenter les places de parking pour les vélos en incitant les syndics de copropriétés à les accepter dans les cours d’immeuble par exemple. Car lorsqu’un cycliste se fait voler son vélo, il renonce quasi-systématiquement à en faire. Il faut enfin améliorer le franchissement des portes de Paris car elles sont aujourd’hui trop compliquées et dangereuses.

Quel a été l’impact de l’arrivée du Vélib’?

Ça a été une bonne chose car il y a eu, du coup, beaucoup de vélos qui sont arrivés sur la chaussée, ce qui a forcé les automobilistes à faire plus attention aux cyclistes. Le problème, c’est qu’on a l’impression aujourd’hui que la politique cyclable de Paris s’arrête à Vélib’ alors que ce système pose plusieurs problèmes comme le fait que ce système a privatisé tous les espaces disponibles pour faire des parkings  par exemple.