Des salariés de Roissy en appellent au juge

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Le premier round judiciaire aura lieu ce matin au tribunal de Bobigny. Privés de leur emploi parce qu'ils présenteraient « des risques pour la sécurité aéroportuaire », les salariés de Roissy espèrent que les juges reconnaîtront que leur « présomption d'innocence a été bafouée ».

A la fin du mois d'août, 72 salariés de l'aéroport reçoivent un courrier de la sous-préfecture de Seine-Saint-Denis les accusant de liens avec des mouvances fondamentalistes à visée terroriste. Le sous-préfet leur donne dix jours pour se justifier. « Mais de quoi ? Depuis quand doit-on prouver son innocence ? Et c'est impossible puisqu'on ne sait pas ce qu'on nous reproche », racontaient hier des salariés musulmans réunis au siège de la CFDT. Sept d'entre eux ont donc déposé un référé devant le tribunal de Bobigny : ils exigent de connaître les éléments justifiant le retrait de leur badge d'accès aux zones protégées de l'aéroport. Onze se présenteront par ailleurs vendredi devant le tribunal administratif.

La semaine dernière, le ministre de l'Intérieur venait au secours de la préfecture en légitimant la procédure par un « devoir de précaution ». Eric Moutet, l'un des avocats des salariés explique toutefois : « Il est normal que les salariés n'aient pas accès aux données sensibles, mais la loi permet de nous communiquer des informations expurgées de ces données. » Pour les salariés, « la situation est intenable. Sans les motivations, on ne peut pas se défendre, confie Rachid*, dont la longue barbe brune est moins ciselée que les attaques. On travaille ici depuis des années, et subitement, on représenterait un danger ? » Tous ont été interrogés sur leur rapport à la religion : « Votre femme porte-t-elle le voile ? Mangez-vous halal ? Respectez-vous le ramadan ? » Et « le plus choquant, témoigne Hassan : “Est-ce que vous aimez la France ?” Alors que je suis français, comme ma famille. On nous rejette de cette société. »

Un salarié a déjà été licencié, les autres procédures sont en cours. En attendant, les « débadgés » n'ont ni salaire, ni allocation. « On passe des nuits à se demander pourquoi. Je suis bien allé en Algérie voir mes oncles, réfléchit Rachid, qui habite La Courneuve. En même temps, j'avais 10 ans. »

Michaël Hajdenberg

*Le prénom a été changé.