Paris

Les pauvres jouent gros au comptoir

Comme tous les 6 du mois, jour où les RMistes touchent leur allocation, le bar est plein et les paris vont bon train

Devant le comptoir, des dizaines de jeux grattés, de tickets jetés. Au mur, un écran plat, branché sur la chaîne Equidia, qui diffuse en direct les courses devant une vingtaine de parieurs scotchés. A la caisse, un rythme effréné, des pièces et des liasses qui défilent et Ali, le gérant de ce bar PMU du 18e se lamente : « C'est une pompe à fric. L'impôt du pauvre. »

Comme tous les 6 du mois, jour où les RMistes touchent leur allocation, le bar est plein et les paris vont bon train : « En fait, les gens commencent à jouer dès le 4, car ils savent qu'ils vont bientôt toucher. » Nathalie, serveuse, dit parfois dépenser « 50 e par jour ». Michel parle de « 20 e par-ci, par-là ». Les joueurs rechignent à se dire « accros », comme les décrit Ali. Mais Marc Valleur, psychiatre et spécialiste de l'addiction au jeu à l'hôpital Marmottan (17e), raconte : « Depuis peu, les services sociaux nous adressent des gens qui, au lendemain de leur paye, n'ont déjà plus rien et ne peuvent plus payer leur loyer. Souvent des immigrés. A Paris, on manque de structures pour faire face à la demande. Mais, comme en province il y en a encore moins, on reçoit des appels de toute la France qu'on ne peut traiter. »

A la caisse, Ali s'épanche : « Les gens jouent parfois jusqu'à 1 000 e par jour. J'ai refusé la machine à Carte bleue, malgré les pressions, car cela crée encore plus de désastres. Mais combien de gens me demandent de les dépanner de 4 e pour un sandwich, alors que deux heures plus tôt, ils pouvaient se payer un grand resto ? » Ali montre une affichette qui indique : « Ici en juin, les parieurs ont gagné 112 000 e. » « D'accord, mais pourquoi ils n'indiquent pas combien ont été misés ? »

La Française des Jeux a annoncé il y a quinze jours qu'elle allait inscrire sur les grilles le message : « Restez maître du jeu. Fixez vos limites. » Pour Marc Valleur, « cela va dans le bon sens. Mais parce que l'Etat y trouve son intérêt. Il démontre ainsi que le jeu n'est pas une marchandise comme les autres, ce qui justifie son monopole. » Un autre enjeu de taille.

Michaël Hajdenberg

Paris (suivi de la Seine-Saint-Denis) est le département francilien où la Française des Jeux récolte le plus : 4,49 e misés par habitant par semaine, contre 2,72 e en France.