Locataires en galère : la dérision pour arme

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La cible avait été identifiée par Jeudi-Noir, collectif de jeunes en galère de logement : « studio coquet situé au 4e étage dans le Marais, surface de 15 m2, loyer de 660 e », lisait-on dans un hebdomadaire spécialisé. Un prix jugé « abusif » par ces militants proches du mouvement Génération précaire, qui ont décidé d'aller à la rencontre du propriétaire. Ils avaient rendez-vous avec lui samedi après-midi et se sont présentés... à quarante, champagne et cotillons à la main. « On a pris le parti de tourner en dérision une situation qui n'est pas du tout risible », résume Leila, 24 ans et cofondatrice de Jeudi-Noir.

Julien, 26 ans, porte-parole et cofondateur de Jeudi-Noir, part en éclaireur. Dans l'escalier, une horde d'aspirants locataires attend patiemment, en file indienne. Le calme règne, quand les membres de collectif passent à l'action, et font irruption dans l'appartement : cris de joie, applaudissements, chapeaux, cotillons, verres de mousseux à la main, musique, l'ambiance est à la fête. Du moins en apparence. Car Guillaume, le propriétaire, médecin trentenaire, ne tarde pas à faire la moue. « Moi aussi j'ai été dans votre cas », plaide-il en vain, en racontant son parcours de locataire. Un argument qui ne convainc pas les militants. Aujourd'hui, il demande 1 900 E de revenus mensuels pour son studio. « Vous ne pensez pas qu'à un moment quelqu'un doit casser cette logique et se révolter ? », demande l'une d'entre eux. Et Julien d'enchaîner. « Même avec un CDI, l'obtention d'un logement relève du parcours du combattant. C'est un problème qui touche tous les jeunes qu'elles que soient leur origine. » La leçon de morale achevée, direction le 11e où un studio de 10 m2 les attend, pour la modique somme de 520 euros . L'histoire ne dit pas si les charges sont comprises...

Jean-Baptiste Ferrière