La petite ceinture se cherche un avenir

Oihana Gabriel

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Le 26 juin 2013. Visite de la petite ceinture dans le 19eme arrondissement à Paris.
Le 26 juin 2013. Visite de la petite ceinture dans le 19eme arrondissement à Paris. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Goûter une cerise made in Petite ceinture ou observer les belettes, suspendu au dessus du canal de l’Ourcq. Un dessein pour le moment utopique pour un week-end parisien, mais qui pourrait devenir réalité. C’est en tout cas une option envisagée pour l’avenir de la petite ceinture, la première voie ferrée en rocade de Paris, longue de 32 km, qui reliait les faubourgs avant l’arrivée du métro. Les voyageurs ont quitté les rails en 1934, et depuis 1993 les lignes abandonnées ressemblent à des friches urbaines.

 Un projet mis en sommeil par les municipales

Pourtant ces voies suspendues font saliver bien des Parisiens, électeurs comme élus. Ce serpent de mer a refait surface début 2013, lorsque l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) dévoile une étude sur l’existant mais aussi sur les perspectives. Et envisage de diviser la rocade entre trois tronçons différents: maintenir le RER C ,qui utilise encore ces lignes au nord ouest, transformer les rails abandonnés en promenade végétalisée au sud (16e, 15e et 14e), mais surtout réintroduire un tramway entre porte de Vincennes (12e) et la station du RER E Evangile. Après concertation, en janvier et février, le sujet semble être mis en sommeil à l’approche des municipales.

Retrouvez les suggestions lors d’une première phase de concertation sur le site apetiteceinture.jenparle.net.

Mais au cabinet d’Anne Hidalgo, on assure qu’une fois cette échéance électorale passée, une deuxième phase de concertation sera mise en place. «Il n’est pas question de réinstaller un tram, assure-t-on dans l’entourage de l'adjointe à l'urbanisme. Nous n’avons aucun chiffrage du coût. Il faut rendre la petite ceinture aux Parisiens par des aménagements différents selon les endroits», plus ou moins sauvages.

Mais la continuité de cette ancienne voie préoccupe beaucoup les riverains. Dans le 16e une partie de la voie accueille déjà des jardins partagés. D’ici à l’automne, les habitants du 15e pourront relier à pied et dans la verdure les parcs André-Citroën et Georges-Brassens grâce à des installations reversibles. En revanche, du côté du nord-est, le projet de remettre en service du trafic de frêt ou de voyageurs a suscité quelques tensions.

Une high line plus sauvage

Au point que mercredi, le candidat vert aux municipales à Paris, Christophe Najdovski a vivement critiqué, lors d’une balade sur les rails rouillés, cette option de réintroduire un train sur la petite ceinture. «On a déjà la ligne 3 du tram, argumente le candidat EELV. Au contraire, on a besoin dans l’est de Paris d’espaces de respiration. Il n’y a pas de raison que le 15e et le 16e bénéficient d’espaces verts et pas les quartiers plus populaires, om les habitants partent rarement en vacances. A Paris, nous avons 2,5 m2 d’espace vert par habitant alors que l’Unesco préconise 10 m2/habitant. » Sans forcément copier la célèbre high-line new-yorkaise, le candidat vert, qui veut classer la petite ceinture en zone urbaine verte pour qu'elle reste inconstructible, envisage de poser des planches en bois sur les rails pour en faire une promenade arborée et accessible.

 

 

 

Jardins potagers et jeux pour enfants

Installer des trampolines pour les enfants, faire des tunnels des lieux de fête, proposer aux riverains des jardins partagés, les Parisiens regorgent d’idées pour une petite ceinture accessible à tous et piétonne. « Il y en a marre du béton, clame Joyce Malai, 77 ans, qui vit juste à dessus de cette ancienne voie. Je veux une coulée verte pour respirer mieux.  Déjà que je ne dors pas beaucoup, alors avec un train toutes les 10 minutes… » 

Du côté de RFF, on regrette que l'échéance électorale freine une réflexion déjà lancée sur l'avenir de voies aujourd'hui dangereuses pour ceux qui s'y promènent déjà. Et la possibilité de trasférer au STIF la gestion d'un tronçon pour y remettre du transport ne semble pas extravagant. «Techniquement les 19e et 20e arrondissements sont peu desservis, un tram aurait du sens d'autant qu'avec deux tunnels, les nuisances sonores seraient atténuées», assure Olivier Milan, de RFF.

Un refuge pour renards et chauve-souris

Et la question de la biodiversité reste primordiale pour ces lieux. « Les Parisiens le voient comme une driche ou même une poubelle, alors que c’est un corridor écologique », souligne Fabienne Giboudeaux, adjointe au maire de Paris chargé des espaces verts. La Mairie de Paris espère lancer avant les municipales une étude sur les services écologiques de ce site important pour la biodiversité (notamment pour la préservation d’une espèce de chauve-souris) et le refroidissement des logements riverains. « C’est par la petite ceinture que les renards sont revenus au parc des Buttes-Chaumont », rappelle Bernard Jaumier (EELV), adjoint au maire du 19e chargé de l’environnement.