«Le musée de l'Homme sera un musée-laboratoire»

INTERVIEW Olivier Brochet (agence Brochet-Lajus-Pueyo), architecte bordelais, a remporté l'appel d’offres pour la rénovation du musée de l'Homme à Paris en 2006. Il fait le point pour 20Minutes sur l'avancement des travaux...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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L'architecte bordelais Olivier Brochet au milieu des travaux du musée de l'Homme
L'architecte bordelais Olivier Brochet au milieu des travaux du musée de l'Homme — V.WARTNER/20MINUTES

Le musée de l'Homme fêtera dimanche ses 75 ans. Fermé au public depuis 2009, il ne rouvrira qu’en 2015, après une gigantesque opération de rénovation. En plus de proposer une nouvelle scénographie, il faudra réintégrer plus de 500.000 objets, conservés actuellement dans des bâtiments provisoires au Jardin des Plantes, et les équipes scientifiques.

Le chantier devait être livré en 2013, il ne le sera qu’en 2015. Pourquoi?

Après l’expérience de la rénovation du musée de l’Orangerie, on savait dès le départ que ce genre d’opération culturelle serait très longue. Dans le cas du musée de l’Homme, il y a eu beaucoup d’atermoiements entre les entreprises, la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage. Dès les premiers coups de pioche, nous nous sommes aperçus que la qualité des bétons, qui datent de 1937, n’était plus bonne. A certains endroits, c’était même très limite. Nous avons donc tout consolidé et remplacé des parties entières. Il faut aussi prendre en compte les contraintes de chantier : nous travaillons juste au-dessus du musée de la Marine, qui lui est toujours en activité. Les travaux s’effectuent de 6h à 10h, et doivent s’interrompre le reste de la journée. C’est kafkaïen. Tout cela explique que nous n’en soyons encore qu’à la phase de démolition.

Vous travaillez sur un bâtiment chargé d’histoire. Quelle est la philosophie de votre projet?

Ce bâtiment est un empilement de deux époques différentes: le palais réalisé par Davioud en 1878, dont la partie centrale a été détruite en 1937 par Carlu, qui a créé à la place une grande esplanade. Il a aussi épaissi et réhaussé les deux ailes, celle de Passy et de Paris. Il en a fait un grand monument, très ordonné, dont Hitler raffolait. Ce qui nous intéresse, c’est de faire des allers-retours entre ces deux époques, en nous appuyant sur l’époque de Carlu, et en retrouvant la verrière de Davioud qui avait été occultée par la création d’un étage, en créant un atrium qui sera le cœur du musée. On ne voulait pas d’un musée fermé, mais ouvert vers le Trocadéro, et l’environnement urbain qui l’entoure, il y aura donc de grandes baies le long des galeries du parcours permanent.

La particularité de ce projet, c’est qu’il s’agit d’un musée pour le grand public, mais aussi d’un espace de travail pour les scientifiques…

C’est un musée-laboratoire. Tout un étage sera occupé par la recherche et les réserves des collections. Nous avons donc conçu un bâtiment qui est de nature à pouvoir évoluer. Les expositions dites permanentes seront en fait des expositions temporaires, capables d’évoluer en fonction des découvertes des scientifiques.

Après les travaux, viendra la phase de muséographie, qui sera aussi un élément déterminant.

C’est l’équipe de Zette Casalas (Mémorial de la Paix de Caen, Musée Masséna de Nice…) qui s’en occupera, et se fera évidemment en accord avec les scientifiques. La difficulté avec le musée de l’Homme, c’est que tous les objets «communicables» ont été transférés au musée du Quai Branly. Il reste des pièces d’exception, comme le crâne de Cro-Magnon, mais… ce n’est qu’un crâne ! Ce qu’il faut, c’est raconter une histoire autour. Par ailleurs la muséographie devra s’intégrer dans le côté réversible du bâtiment, et donc ne rien proposer de lourd. Nous venons dans ce bâtiment un peu comme des nomades.