«Un court-circuit, et les manuscrits s'embrasent»

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« Quand je vois les tableaux électriques, j'en ai froid dans le dos », s'enflamme Agnès Saal. La directrice de la Bibliothèque nationale de France (BNF) « tremble » à l'idée qu'un incendie se déclare dans les locaux du site historique de la bibliothèque, rue de Richelieu (2e). Après des années passées à « alerter les pouvoirs publics », elle a obtenu récemment du ministère de la Culture que des travaux de sécurisation et de mise aux normes soient entrepris, pour un montant de 150 millions d'euros.

Mais en attendant que le chantier commence, en 2009, « un péril très grave plane au-dessus de nos têtes », s'alarme Agnès Saal. Et pour cause. Quand on plonge dans les dédales de l'immense bâtiment classé du xviie siècle, – qui conserve encore 23 millions de documents spécialisés uniques au monde – la vétusté des installations électriques donne des frissons. « Elles datent du début du xxe siècle », précise Jacqueline Sanson, la directrice des collections. Au troisième étage, dans la superbe chambre de Mazarin, il suffit d'ouvrir l'armoire électrique pour découvrir des centaines de fils qui courent enchevêtrés. « Un court-circuit, et tout s'embrase », pronostique Oreste Friscira, l'architecte responsable du site. Les estampes de Géricault ou de Rembrandt dans la réserve adjacente partiraient alors en fumée. Dans les sous-sols de la bibliothèque, câbles, canalisations, et équipements techniques se superposent en l'air, « bricolés » au fil du temps. L'ensemble du site fonctionne encore au 110 volts. Malgré le système de détection incendie, les boiseries soutenant la salle des manuscrits alimenteraient le feu, et les charpentes métalliques où sont notamment rangés les papyrus égyptiens se déformeraient très vite avec les flammes. Ce scénario-catastrophe a été jusque-là évité.

L. d. C.