Derrière les barreaux mais devant les fourneaux

©2006 20 minutes

— 

Assis en rang d'oignon face aux chefs, les détenus salivent à l'odeur de la galette aux pommes chaudes cuisinée sous leur nez. Semaine du goût oblige, les détenus de la maison d'arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine) ont droit ces jours-ci à des « leçons de goût » données par des chefs de l'association des Toques françaises. Histoire de les changer des barquettes distribuées à chaque prisonnier en cellule.

Le chef en toque s'affaire déjà sur son plan de travail pendant que la trentaine de détenus volontaires s'installe sous le regard des matons, après avoir été fouillés. Pas de couteau, ni d'ustensiles dangereux en vue, la démonstration peut commencer. « Chef, c'est quoi un zeste », s'empresse de demander un jeune, pendant que son voisin maugrée : « Dans nos cellules, on n'a pas de farine, pas de réchaud, alors, à quoi bon... » Certains recopient quand même mot à mot, gramme par gramme, la recette donnée. « Pour quand je serai dehors », lâche un homme aux yeux bleus délavés. Encore une demi-heure de patience avant de pouvoir déguster la pâtisserie. Un cinquantenaire en redemande, ravi de « retrouver enfin le goût de la cannelle ». Mais nombre de ses voisins font tourner le plat sans se servir. Et pour cause, on est en plein ramadan. C'est le point sensible de l'initiative, mise en place par le Gepsa, responsable de la formation des détenus. Alors qu'elle est censée « susciter des envies, des passions », certains prisonniers la jugent « frustrante ». Pragmatiques, ou désabusés, ils auraient préféré « avoir plus de jetons pour les douches » – au lieu des trois hebdomadaires – plutôt que d'apprendre à cuisiner, « sans épices, en plus ».

L. de Charette