Fermeture des urgences à l'hôpital de l'Hôtel-Dieu: «Une décision malheureusement inéluctable»

Jérôme Comin (avec Alexandra Luthereau)

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Les urgences de l'Hotel-Dieu, l'hôpital le plus ancien de Paris, sont menacées de fermeture.
Les urgences de l'Hotel-Dieu, l'hôpital le plus ancien de Paris, sont menacées de fermeture. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Un diagnostic qui entraîne une poussée de fièvre. La direction de l'AP-HP (assistance publique-hôpitaux de Paris) a annoncé ce mardi dans un communiqué que les urgences de l'Hôtel-Dieu, le plus ancien hôpital de Paris, fermeraient le 4 novembre. «L'AP-HP présente une structure de soins ambulatoires (sans hébergement à l'hôpital), sans rendez-vous, fonctionnant 24 heures sur 24 et l'organisation permettant de transférer, à partir du 4 novembre prochain, l'activité des urgences de l'Hôtel-Dieu», précise la direction.

La continuité des soins «assurée»

«C’est une décision malheureusement inéluctable depuis que les départs des services médicaux de chirurgie et de réanimation sont programmés, explique le président du conseil de surveillance de l'AP-HP, Jean-Marie Le Guen, par ailleurs député de Paris. On ne pouvait, de fait, plus assurer les urgences lourdes à l’Hôtel-Dieu. Mais ce n’est pas non plus une fermeture pure et simple de l’accueil des patients car avec la Mairie de Paris, nous nous sommes battus pour qu’il y ait une continuité des soins qui soit assurée.»

Ainsi, toutes les urgences qui ne sont pas du ressort du Samu ou des pompiers comme les poussées de fièvre, les foulures, ou les douleurs ophtalmiques continueront d’être accueillies à l’Hôtel-Dieu. «Les cas les plus lourds seront eux redirigés vers les hôpitaux de Cochin ou de Lariboisière, qui ne sont pas si éloignés que ça», précise le député PS.

«Un coup de poignard contre les Parisiens»

Des explications qui ont du mal à passer du côté du Front de Gauche. «Cette décision unilatérale guidée par les seuls intérêts financiers est un coup de poignard contre les Parisiens et contre le droit à la santé, s’étrangle Ian Brossat, président du groupe PCF/PG au Conseil de Paris. Il est particulièrement malheureux que Jean-Marie Le Guen, adjoint au Maire de Paris chargé de la Santé, n’ait rien fait pour empêcher cette fermeture. Pire encore, depuis des mois, il prépare les esprits à cette décision en allant jusqu’à inventer le concept fumeux d’“hôpital debout”. A ce compte-là, les hôpitaux n’auront bientôt pour seule mission que d’accueillir des Parisiens en parfaite santé.»

Même sentiment du côté de la CGT qui dénonce dans un communiqué «une décision inique de la directrice générale ne tenant pas compte des besoins de santé de la population et des salariés de la capitale» et qui «appelle le personnel, la population et les usagers à se mobiliser contre ce projet de désert sanitaire au centre de Paris.»

Delanoë reste attentif

Mais la fermeture des urgences de l’Hôtel-Dieu, qui ont accueilli 43.000 personnes en 2011, n’apparaît pas forcément illogique pour certains professionnels du secteur. «La reconfiguration des urgences dans une grande ville comme Paris n’est pas un scandale en soi, confie le docteur Marc Giroud, président de Samu-Urgences de France. Mais cette restructuration a probablement été précipitée. Cependant, il ne faut pas confondre la méthode et le principe de restructuration des urgences à Paris», ajoute-t-il.

En attendat, le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui s'était déjà dit «personnellement très attaché» au maintien des urgences, a affirmé ce mardi qu' «il souhaite que les concertations et travaux au sein de l’AP-HP se poursuivent car de nombreuses incertitudes subsistent sur le renforcement des autres services d'urgences, préalable indispensable pour le service d’accueil en urgence 24 heures sur 24  envisagé sur le site de l’Hôtel Dieu. Je n’admettrai pas que la fermeture d’un service public central à Paris conduise à une dégradation de l’accès aux soins.»