Les noirs désirs d'une blanchisserie

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La blanchisserie Modeluxe a mis ses salariés sans papiers dans de sales draps. Pendant plusieurs années, elle les a employés, et même « exploités », selon la quinzaine d'ouvriers maliens qui s'étaient réunis hier à Massy (Essonne) pour témoigner de leur situation. Aujourd'hui, elle voudrait les licencier en catimini. Bref, laver son linge sale en famille.

Mais la CGT et les sans- papiers ne l'entendent pas ainsi. La semaine passée, une grève a mobilisé toute l'entreprise. Hier, ils ont dénoncé son « hypocrisie », estimant qu'elle veut les licencier pour « faute grave », à savoir « faux titre de séjour », alors qu'elle « connaissait parfaitement » leur situation depuis leur embauche. « Le chef me disait : Prends pas le temps de boire ton café. Oublie pas que t'as pas de papiers », rapporte l'un d'entre eux.

En décembre 2004, un contrôle de police recense dans l'entreprise quarante-deux Maliens en situation irrégulière, soit un quart des effectifs. La préfecture accepte d'examiner chaque dossier, mais traîne et « l'entreprise se sert maintenant de la police pour réaliser un plan social », estime la CGT.

Toujours selon le syndicat, le groupe britannique Sunlight, qui possède Modeluxe, se serait dit prêt à embaucher ces Maliens s'ils obtenaient des papiers. Hier, le patron de Modeluxe n'a pas souhaité nous répondre. Tout comme la préfecture, qui estime que « tout cela est désormais du ressort de la justice » et refuse d'expliquer pourquoi elle a accepté fin septembre de régulariser quatre des sans-papiers et pas les autres. Pour la CGT, c'est clair : « Les quatre occupent des postes pour lesquels il faut être formé. C'est de l'immigration choisie façon Sarkozy. »

Michaël Hajdenberg

Amadou*, 29 ans, dont 5 chez Modeluxe comme engageur de draps : « Dès le début, ils ont vu que mes papiers étaient douteux. Ils auraient dû vérifier auprès de la préfecture. Mais ils en profitaient pour nous faire travailler 6 jours sur 7, pour 1 050 e par mois. Ils nous appelaient « les moutons », nous criaient dessus et nous suivaient aux toilettes pour qu'on ne reste pas trop longtemps. Les femmes ont eu les pieds enflés à force de rester à leur place. L'une a même été violentée. » * Le prénom a été modifié.