Pierre Mongin : «Une boucle de 40 km pour relier les grandes villes»

— 

Pierre Mongin, président de la RATP

 La ligne 13 est saturée, d’autres sont surchargées. Ne va-t-il pas falloir des projets d’infrastructures lourds pour remédier à cela ?

Je suis frappé que, depuis l’achèvement du RER, en 1975, il y ait eu si peu d’investissement structurant en Ile-de-France, hormis Eole et Meteor. Et encore, ces deux lignes sont de nouveau centrées sur Paris, ce qui ne règle pas la situation des points de surcharge, comme Châtelet ou Saint-Lazare. Les pouvoirs publics doivent prendre conscience que l’Ile-de-France a besoin de franchir un nouveau pas dans le domaine des infrastructures. Je vais proposer que la RATP soit porteuse d’un grand projet de transport collectif, à échéance d’une quinzaine d’années. L’idée est de faire un métro souterrain, autour de Paris, situé à deux ou trois kilomètres du périphérique au nord et au sud, et à cinq kilomètres à l’est et à l’ouest. Il serait évidemment connecté aux pointes de lignes du métro actuel. Cette boucle d’une quarantaine de kilomètres relierait les grandes villes entre elles, à raison d’une
station par kilomètre. Ce projet coûterait 4 à 6 milliards d’euros. En interne, nous l’avons nommé « métrophérique »,mais c’est aux élus de décider s’ils le retiennent.

L’idée est que les utilisateurs de ce métro n’aient plus à passer par Paris pour un trajet de banlieue à banlieue…

Ce projet doit permettre de lutter contre la congestion du centre. Je crains que, dans quelques années, les métros parisiens soient surchargés de passagers allant de banlieue à banlieue. Ils représentent 10 à 12%du trafic parisien. Dans dix ans, ce sera 20%. Il y a urgence à anticiper.

Pourtant, en petite couronne, on développe le bus, on construit le tramway. Ce ne sera pas suffisant ?

Le bus fonctionne bien et le tramway sera un formidable outil. Mais je souhaite davantage d’intermodalité, c’est-à-dire permettre aux voyageurs d’utiliser, facilement, plusieurs types de transport dans un même voyage.Pour cela, ils ont besoin de s’appuyer sur un mode de déplacement fiable et rapide : le métro souterrain. De nouvelles stations aux portes de Paris permettraient de développer des parkings de dérivation, où les banlieusards laisseraient leur voiture pour prendre le métro. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont contraints d’utiliser l’automobile parce qu’ils n’ont aucunmoyen de la garer. Le long du RER A dans le Val-de-Marne par exemple, les maires ont supprimé les stationnements.

Un métro à deux kilomètres de Paris, n’est-ce pas trop près ?

D’autant que le tramway des Maréchaux va entrer en service… Nos études montrent que, plus on s’éloigne de Paris, moins on touche de population. Or, l’objectif est de drainer unmaximum d’habitants de la petite
couronne, qui n’ont jamais eu de métro, sauf des bouts de ligne, et qui sont pénalisés par rapport
aux Parisiens. Concernant le tramway des Maréchaux, c’est un beau projet, il va très bien fonctionner
et rencontrer très vite un grand succès.

A Paris, Denis Baupin, adjoint (Verts) chargé des Transports, affirme que toute nouvelle mesure pour réduire la place de la voiture devra être accompagnée d’un renforcement de l’offre de transports collectifs. Allez-vous suivre ?

C’est le discours que je lui ai tenu le mois dernier. Nous allons développer une offre renforcée dans les six prochains mois, avec plus de métros et plus de bus. A l’inverse, c’est aussimon rôle de dire aux élus quand ils vont trop vite et que la RATP ne sait pas faire.

La fréquentation des bus baisse,malgré les couloirs qui leur sont dédiés. Est-ce un échec ?

J’ai de la chance : depuis monarrivée en juillet, la fréquentation est stabilisée. Je pense que les travaux ont perturbé le fonctionnement de nos lignes. Ce sont des sacrifices transitoires, qu’il faut accepter en attendant un changement profond de l’offre globale. Je reste toutefois convaincu que l’automobile
est amenée à reculer dans les grandes villes, et c’est une bonne chose en termes d’environnement.

Que pensez-vous du projet de rendre le centre de Paris piétonnier ?

J’ai tenu récemment une réunion de travail aux Halles, un lieu d’échange fondamental dans Paris, où transitent 750 000 voyageurs chaque jour ! Si l’on ne veut plus de voitures dans ce quartier très commerçant alors que l’habitude est de la prendre pour y faire ses courses, il faudra financer de nouveaux équipements de transport collectif, une nouvelle salle d’échanges et des accès pour les métros et le RER. On a déjà les études, on sait comment faire, mais cela coûterait plus de 100 millions d’euros.

Recueilli par Frédéric Filloux et Mickaël Bosredon