Paris

Des clichés expulsés par les huissiers

Logement A l'approche de la fin de la trêve hivernale, cette profession décriée détaille ses actions

Dimanche, la trêve hivernale, prolongée de deux semaines cette année à cause du froid, sera terminée. Les expulsions devraient donc reprendre après le week-end de Pâques. Les huissiers de justice d'Ile-de-France ont souhaité, avant cette date redoutée, battre en brèche quelques clichés.

Les expulsions baissent. Avec la crise du logement, les impayés augmentent, mais ne se soldent pas tous par une expulsion. La moitié des dossiers d'impayés sont réglés à l'amiable avant qu'ils n'arrivent sur le bureau d'un juge. Seule une minorité de cas se termine par cette solution extrême. Selon la préfecture de Paris, qui délivre les autorisations, ces douloureux dénouements se font plus rares. En 2012, sur 3 970 réquisitions, les huissiers ont procédé à 555 expulsions avec la police, contre 740 en 2010.

Des années de procédure. Entre le 1er novembre et le 31 mars, les huissiers ne sont pas au chômage technique mais cherchent des délais, relogements, échangent avec des associations. La procédure d'expulsion peut prendre entre un an et demi et trois ans. «Souvent les gens derrière la porte ne veulent pas m'ouvrir, explique Marjory Flammery, huissière à Colombes (Hauts-de-Seine). Si une personne d'une association nous accompagnait lors des visites, le dialogue serait plus simple.» Et les expulsions s'échelonnent sur tout le printemps. Voire l'été, car souvent les huissiers attendent que les enfants scolarisés aient fini les cours.

Rares drames. «On associe l'huissier à une expulsion violente avec les meubles qui passent par la fenêtre et les enfants laissés sur le trottoir, ironise Marc Dymant, huissier de justice à Paris depuis 1984. Or, les situations dramatiques sont rares, heureusement.» «C'est difficile, bien sûr, et surtout pour ces personnes, mais elles sont prévenues depuis des mois, précise Marjory. Il y a parfois des cris et des larmes, mais c'est une minorité. » Et les meubles sont laissés dans l'appartement ou mis au garde-meuble. Souvent, les locataires ont déjà quitté les lieux quand l'huissier, le serrurier et les policiers débarquent au petit matin. Certains sont résignés, d'autres sous le choc. «On leur conseille de prendre l'essentiel : papiers d'identité, médicaments…, reprend Marc. On ne fait pas une expulsion comme on saisit un téléviseur.»

■ Un moratoire

Patrick Doutreligne, délégué de la Fondation Abbé-Pierre, relativise les chiffres en baisse : « Si environ 10 % des décisions de justice se traduisent par des expulsions avec la police, dans 30 à 40 % des cas, les personnes partent d'elles-mêmes. Nous avons demandé un an de moratoire pour mettre en place une législation basée sur la prévention. »