Quand la joie a droit de cité en banlieue

Oihana Gabriel

— 

Certains jeunes acteurs du film La Cité rose sont originaires de cette banlieue.
Certains jeunes acteurs du film La Cité rose sont originaires de cette banlieue. — S. DEERENBERG

«Ma cité, je la kiffe, j'aurais jamais voulu grandir ailleurs», jure Mitraillette, héros de 12 ans de La Cité Rose qui sort en salle le 27 mars. Un film qui se veut proche du quotidien des habitants des banlieues qu'on nomme sensibles et qui se sentent souvent caricaturés dans les médias comme au cinéma. Mercredi 13 mars, dans une salle bondée du Gaumont de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), des comédiens et les co-scénaristes ont été félicités pour leur création clairvoyante. A l'écran, une joyeuse bande d'ados voguant entre drague maladroite et jeux. Et leurs grands frères plus ou moins modèles, qui choisissent les études ou le trafic de drogue.

Un outil de prévention


«On a enfin un outil pour travailler sur la délinquance », avance une spectatrice qui évoque « une banlieue qui en a marre des marches blanches et des mères qui pleurent au parloir ». Moquer les clichés imposés et que parfois les jeunes ont intégrés, adopter les vannes qui fusent et montrer des mères célibataires qui se battent : les trois coscénaristes ont tenté de livrer un reflet d'une réalité sans tomber dans le documentaire. «On s'est inspiré de la série brésilienne»La Cité des Hommes«: on ne rentre pas dans les favelas par la violence, mais par le regard d'enfants, raconte Julien Abraham, le réalisateur. On a cherché un équilibre entre le côté solaire de la banlieue et les trafics, la violence.» Car cette fiction ne fait pas l'impasse sur les gamins qui deviennent guetteurs pour les malfrats. «J'espère que, grâce à ce film, les jeunes vont prendre conscience du danger qu'ils courent», prévient Michel, animateur à Sarcelles (Val-d'Oise). Une fiction touchante pour ceux qui ont vécu à la Cité rose – dont le producteur et l'acteur principal –, aujourd'hui en rénovation. Emmanuel, un spectateur qui travaille dans l'audiovisuel, a ainsi retrouvé l'ambiance de son quartier d'enfance : « Certains avec qui j'ai grandi sont devenus dealers. C'est sûr, ils n'ont pas les mêmes horaires que moi. »