Le chef du clan «Hamidovic» conteste la traite d'êtres humains

JUSTICE Le réseau forçait des mineures à voler dans le métro parisien...

William Molinié

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Me Joseph Cohen-Sabban, avocat de Fehim Hamidovic lors de l'ouverture de son procès au tribunal de grande instance de Paris, le 25 mars 2013.
Me Joseph Cohen-Sabban, avocat de Fehim Hamidovic lors de l'ouverture de son procès au tribunal de grande instance de Paris, le 25 mars 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Lunettes sur le bout du nez, l'homme affiche sous sa chemise blanche et sa veste sombre les rondeurs d'un train de vie démesuré. Agé de 60 ans, Féhim Hamidovic, décrit comme «un patriarche» au profil de «bon grand-père», est jugé depuis lundi à Paris, aux côtés de 21 autres prévenus, pour avoir été à la tête d'un vaste réseau soupçonné de forcer des mineurs à voler dans le métro parisien. Au premier jour du procès, qui doit durer jusqu'au 24 avril à raison de trois après-midi d'audience par semaine, le Bosniaque a contesté les accusations de traite d'êtres humains. Surnommé «Fého» par ses proches, il a déjà été condamné en 2007 à Vienne à trois ans de prison pour les mêmes faits. Les juges autrichiens expliquaient qu'il contraignait des enfants à voler dix heures par jour dans les transports en commun. L'argent collecté était alors transféré en Italie et viré sur des comptes à l'étranger. Sorti de prison en 2008, il se rend à Barcelone. Amateur de jeux d'argent, les policiers espagnols le voient entrer à 44 reprises dans le casino, parfois à bord de voitures de luxe.

Plus d'un million d'euros de bénéfices

C'est à cette époque que l'enquête en France commence. Entre le 4 et le 18 août 2008, 65 affaires sont traitées par le parquet des mineurs de Paris. A chaque fois, les jeunes filles interpellées pour vols à la tire, dépourvues de papiers d'identité, se font appeler Hamidovic. Les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs (BPM) estiment qu'en 2009, les jeunes voleuses auraient généré plus d'un million d'euros de bénéfices.

«Je n'ai rien à voir avec elles», se défend dans le box le sexagénaire. «C'est le groupe d'Elvis», soutient-il. Selon lui, une rivalité se serait installée avec un de ses proches, un certain Elvis Hamidovic. Face aux juges, il évoque «un complot» et raconte à la traductrice qu'Elvis a manipulé des filles pour témoigner contre lui et l'envoyer «derrière les barreaux». Peu convaincue, la procureur veut des explications. «Et les violences sur les petites filles?», questionne-t-elle. Le doyen du box retire alors sa veste et fait mine de se griffer. «Elles se sont automutilées pour m'accuser et m'envoyer en prison», rapporte la traductrice.