Le drôle d'oiseau du Val-de-Marne

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Qui entendrait parler de Limeil-Brevannes s'il n'y avait pas son maire ? Avec lui, cette commune du Val-de-Marne (18 000 habitants) apparaît régulièrement dans les colonnes des journaux. Car Joseph Rossignol, 54 ans, ne perçoit le local que comme le prolongement du global. Face au blocage rencontré par les ex-squatteurs de la ville voisine de Cachan, il a proposé un bâtiment du CEA sur sa commune pour les abriter. Ce matin, le tribunal de grande instance devant lequel le maire a assigné le préfet en référé, est censé rendre sa décision. Joseph Rossignol poursuit le représentant de l'Etat pour voie de fait, afin qu'il lui laisse l'accès aux locaux du CEA. Mais depuis, son arrêté de réquisition a été suspendu par le tribunal administratif. Des imbroglios judiciaires qui lassent dans sa commune. « Comme si on n'avait pas assez de problèmes comme cela », pestent certains habitants. « Comme s'il était dans son rôle », raille l'opposition. « Tous les six mois, le Rossignol chante », persifle des membres de son ancien parti, le PS.

Joseph Rossignol agace, jusque dans son propre camp. Qu'il ne sait d'ailleurs plus bien définir lui-même. Ex-membre du PS, suppléant d'un député PRG, proche des Verts puis du Parti communiste, il se voit comme un « trublion », « chantre du développement durable, social, économique et écologique ». Pour la présidentielle, il soutiendrait « une candidature unique antilibérale », mais admire Fabius. S'il n'est plus encarté, il est en revanche étiqueté. « Homme de coups », pour ses adversaires. « De conviction », pour ses soutiens. En 1998, il héberge des Maliens sans papiers dans sa mairie et fait face à Jospin, alors Premier ministre, bien que des membres du PS menacent de le traîner au tribunal. En 2003, il démissionne du parti, « parce qu'il ne propose rien ». Il vient aussi en aide aux Roms, soutient Montebourg pour la destitution de Chirac, organise une réunion d'élus contre la corruption dans l'urbanisme, relaie les revendications d'Attac, parle du Proche-Orient et des transports en France dans son journal local. Ce fils de cheminot, ancien chef de gare et syndicaliste semble emprunter de multiples voies. Lui croit en son chemin, celui de l'« exemple ».

Michaël Hajdenberg