Laurent Perez : «Des heures d'attente chez le docteur»

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Laurent Perez, médecin généraliste à Villiers-le-Bel (95).

Sur les six dernières années, Villiers-le-Bel a connu quinze départs de médecins pour une installation. Est-ce inquiétant ?

Oui. Villiers-le-Bel est pourtant une ville qui bouge, où il y a pas mal d'enfants. Du coup, pour les médecins restants, la charge de travail devient plus forte. Et comme les jeunes veulent moins travailler, c'est un cercle vicieux. Moins il y a de médecins, moins ils viennent.

Pourquoi ce rejet ?

Ils redoutent l'insécurité, et surtout, craignent de travailler seuls. Il y a des projets en cours pour aider au regroupement. Mais ce sont des structures juridiques lourdes à monter, il faut trouver des locaux adaptés. Puis ils veulent du temps à consacrer à leur famille, notamment les femmes, qui sont de plus en plus nombreuses dans la profession.

Cela change-t-il votre métier ?

Dans mon cabinet, pour les plages sans rendez-vous, il y a maintenant des heures d'attente. C'est l'enfer. Cela exaspère les patients, qui se tournent vers l'hôpital, qui devient, contre nature, un cabinet de consultation. On est deux médecins dans le cabinet et les gens me demandent pourquoi on ne prend pas un troisième. Mais je ne trouve pas de candidat ! Les jeunes qui m'ont parfois remplacé avaient d'autres projets : être médecin salarié aux 35 heures ou habiter en province.

Comment voyez-vous l'avenir ?

La moyenne d'âge des médecins est de 53,5 ans dans notre ville. Donc soit on nous demande de travailler au-delà de la retraite [rires], soit c'est le chaos.

Recueilli par M. H.