Place de la femme dans la police: «Le professionnalisme est unisexe»

PORTRAIT – Chloé G. est une jeune lieutenant de 30 ans, en poste dans un quartier sensible du Val-d’Oise…

William Molinié

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Le 6 mars 2013. Portrait de Chloe G., lieutenant de police et chef de la Brigade de Surete Urbaine au commissariat de Garges-les-Gonesse.
Le 6 mars 2013. Portrait de Chloe G., lieutenant de police et chef de la Brigade de Surete Urbaine au commissariat de Garges-les-Gonesse. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«Il paraît que c’est la Journée de la femme», acquiesce avec une pointe d’ironie le lieutenant Chloé G. Âgée de 30 ans, la nouvelle patronne de la brigade de sûreté urbaine (BSU) du commissariat de Garges-les-Gonesse (Val-d’Oise) fait partie d’une génération de policières qui n’a pas eu à affronter des mentalités hostiles à la présence de femmes dans la police. Après une double maîtrise de droits français et espagnol, elle a intégré l’Ecole nationale supérieure des officiers de police. «En sortant, ayant grandi à Paris, j’ai choisi la banlieue. Je voulais une zone difficile», explique-t-elle. 

Affectée en 2008 à l’unité de sécurité et de proximité (USP) du commissariat de Garges-les-Gonesse, elle se frotte au terrain en supervisant les opérations les plus sensibles. Puis en février, elle passe chef de la BSU, quotidiennement chargée d’enquêter sur les affaires de stupéfiants, règlements de comptes, violences… «J’ai conscience de mes avantages en tant que femme et de mes faiblesses. Je ne m’expose pas inutilement», assure-t-elle, précisant que «chaque situation est différente». Refusant d’être assimilée à une quelconque «démarche féministe», la jeune maman estime que sa condition de femme «n’a pas fait de différence». «On pense qu’une femme est plus à l’aise avec les affaires de viols. Mais j’ai vu un collègue masculin très bien les gérer», argumente-t-elle. «Ce n’est pas une question de sexe mais d’humain.»

«Pas de discriminations»

Un policier l’ayant vu à l’œuvre estime que d’une manière générale, les femmes qui commandent dans la police sont plus «pointilleuses». «Elle a le souci du détail. C’est très positif», estime-t-on à la direction départementale de la sécurité publique du Val-d'Oise. Le machisme? «Il existe, c’est vrai, comme partout. Mais je peux vous assurer que je n’ai jamais vu de discriminations liées au sexe dans la police nationale», dit-elle. Les policières raccompagnées jusque chez elles pour éviter d’être agressées? «C’est le meilleur moyen de stigmatiser. J’ai aussi vu des hommes se faire agresser à la sortie du commissariat», argumente-t-elle, refusant les «traitements de faveur».

Le concours des gardiens de la paix n’est ouvert aux femmes que depuis 1979. Quand on la questionne sur son idéal féminin dans la police, pointe alors une pépite d’admiration dans son regard. «Martine Monteil», lâche-t-elle, du tac-au-tac. La préfet et secrétaire générale de la zone de défense de Paris est la première commissaire femme à avoir dirigé des prestigieuses brigades comme celles des stups, de la mondaine, de la BRB, de la «crim» et enfin du 36, Quai des Orfèvres. «Le professionnalisme dans la police est aujourd’hui unisexe. C’est peut-être [sans doute?] grâce à elle.»

Les disparités hommes/femmes dans la police sont à chercher du côté de la vie de famille. «Il vaut mieux avoir une stabilité personnelle. Car ce métier demande beaucoup. Il faut être bien organisée pour concilier les deux», recommande-t-elle. Au sein de la direction centrale de la sécurité publique (DCSP), les femmes ne représentent que 27% des effectifs, tous corps confondus. Une récente étude du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) relevait des «disparités» dans les postes à responsabilité, notamment dans les services actifs de la police nationale.

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