Gurmit, trois fois meilleur apprenti… mais toujours sans-papiers

PORTRAIT Gurmit Singh, 20 ans, un peintre sans-papiers, recevra ce mercredi matin au Sénat sa récompense de meilleur apprenti de France…

Oihana Gabriel

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Gurmit, un jeune Indien sans-papiers reçoit mercredi la médaille de meilleur apprenti de France
Gurmit, un jeune Indien sans-papiers reçoit mercredi la médaille de meilleur apprenti de France — V. Wartner / 20 Minutes

Ce lundi matin, rue Saint-Antoine, dans le 4e arrondissement de Paris, Gurmit, 20 ans, tout de blanc vêtu et les mains maculées de peinture, s’active dans un appartement en chantier géré par son maître d’apprentissage, Daniel Filipe. Mercredi, il devrait se mettre sur son trente-et-un pour pénétrer dans la prestigieuse enceinte du Sénat afin de recevoir le prix national de meilleur apprenti de France parmi les vingt-deux lauréats distingués par métiers.

Une fierté pour ses professeurs et protecteurs. Et surtout un espoir, car cet apprenti apprécié, originaire d’Inde, n’a pas de papier. Arrivé seul en France en février 2010, sous l’aile de l'Association d'éducation populaire Concorde (AEPC), il apprend le français et commence deux mois après son arrivée à travailler sur un chantier. «Au début, j’espérais aller en Espagne, car mes cousins y vivent, raconte Gurmit. Mais après j’ai décidé de rester ici.»

Logé depuis trois ans dans un foyer pour sans-papiers de l’AEPC, à Chelles (Seine-et-Marne), le jeune homme poursuit avec succès ses études. Un CAP en poche, Gurmit s’inscrit ensuite dans le CFA de Créteil (Val-de-Marne) pour passer son brevet pro et travaille désormais en alternance pour l’entreprise Fil déco. Mais une fois son brevet achevé, il aura bien du mal à trouver un employeur sans titre de séjour. «C’est une situation délicate et stressante pour lui. Et moi, je risque de perdre un élément important s’il va travailler au noir!» peste Daniel Filipe, son employeur. Mais qu’il obtienne des papiers ou pas, Gurmit compte bien continuer ses études.

 En décembre 2011, il frôle la reconduite à la frontière

Si son employeur se montre plein d’espoir, Gurmit, lui, n’a pas l’air d’y croire. «J’ai déjà reçu deux médailles, au niveau départemental et régional… et ça n’a rien changé. Je ne sais pas pourquoi ma demande de titre de séjour est bloquée depuis neuf mois.» En décembre 2011, Gurmit a failli être reconduit en Inde. Arrêté à la gare de Chelles, ne pouvant donner aucun papier, il passe 24h en garde à vue et se voit signifier qu’il devra quitter la France d’ici un mois. «Je ne voulais pas partir, l’association AEPC m’a aidé», se remémore Gurmit.

L’espoir d’obtenir des papiers

Cette récompense est accueillie comme une bonne nouvelle pour ses protecteurs. Son ex-formateur en peinture au centre de formation des apprentis (CFA) de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Bernard André, a lancé une initiative de solidarité au sein de l’établissement pour que son ancien élève obtienne des papiers. L’exemple de Linda Mihai, une jeune Rom sans-papiers sacrée meilleure apprentie de France en 2010, qui avait reçu une carte de séjour en décembre 2012, rend optimiste ses professeurs.

«J’espère que ce sera un accélérateur au moins pour un titre de séjours d’un an, confie Daniel Filipe, son maître d’apprentissage. Il est ambitieux et motivé. Je sais que si je dois rester jusqu’à 20h ce soir, il ne va pas me laisser tomber! Il apporte une solidarité qui se perd ces derniers temps. A l’époque de mon père, entre compagnons, quand un peintre aidait un menuisier à raboter une fenêtre… Je ne le lâcherai pas. Et s’il peut reprendre mon entreprise…» 

«Ce sera ma troisième médaille», sourit Gurmit dans les escaliers de l’appartement en travaux. Et son mentor de plaisanter avec fierté: «Il les collectionne!»