Bédier devra justifier ses marchés

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Pierre Bédier s'est présenté hier au tribunal correctionnel de Paris sans son traditionnel chapeau. Comme pour montrer qu'il refuse de le porter dans l'affaire d'attribution douteuse de marchés publics pour laquelle il comparaît avec trois autres prévenus jusqu'au 15 octobre. L'ancien maire de Mantes-la-Jolie (Yvelines) est en effet soupçonné d'avoir favorisé une société de nettoyage en échange de généreuses enveloppes. Concentré, prenant des notes, l'ancien secrétaire d'Etat du gouvernement Raffarin a consciencieusement écouté la synthèse de l'affaire lue par le président du tribunal. Des faits qui l'avaient conduit à démissionner du gouvernement à la suite de sa mise en examen en janvier 2004.

Tout démarre en décembre 2001, lorsqu'Aloka Delfau, femme du dirigeant d'une entreprise de nettoyage, dénonce son mari au parquet de Paris. Selon elle, Michel Delfau confondrait son portefeuille avec celui de ses entreprises, possèderait des capitaux en Suisse, et aurait corrompu des fonctionnaires. Quelques mois plus tard, elle lâchera le nom du maire de Poissy, Jacques Masdeu-Arus, et celui du maire de Mantes-la-Jolie, Pierre Bédier. Vengeance personnelle à quelques mois d'un divorce ? C'est l'un des arguments de la défense. Pas forcément le plus fort, car ce sont plutôt les preuves formelles qui pourraient manquer. Concernant Pierre Bédier, Aloka Delfau, qui était responsable des achats dans la holding de son mari, évoque des sommes de 50 000 francs (environ 7 630 e) versées deux fois par an. Elle décrit une enveloppe kraft dans laquelle auraient été glissés les billets lors d'un petit déjeuner et à l'occasion d'un café. Mais si elle certifie que l'enveloppe a été placée dans une chemise en carton, elle n'a pas vu Bédier ouvrir l'enveloppe.

La maîtresse de Delfau confirme la méthode, décrit la même enveloppe et évoque, elle, un dîner chez Ducasse, qui a bien eu lieu. Sauf qu'elle non plus n'a pas vu le moment fatidique et que la défense pourrait charger Michel Delfau, mort d'un cancer en 2005, et décrit comme « ayant une certaine tendance à l'exagération ». De forts retraits d'argent ont bien précédé les rencontres avec Pierre Bédier. Pas sûr que cela constitue une preuve suffisante.

Michaël Hajdenberg

Ni Aloka Delfau, ni la maîtresse de Michel Delfau, ni son fils naturel, qui confirment tous trois les faits de corruption et le nom de Pierre Bédier, ne seront cités comme témoins à l'audience.