«Sarkozy n'a pas pris la mesure de ce qui se passe»

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Toutes couleurs politiques confondues, les maires du 93 sont unanimes. En dénonçant la situation critique de la délinquance au ministre de l'Intérieur, le préfet du département a « bien fait son travail », selon les termes de Jean-Christophe Lagarde, maire (UDF) de Drancy. « Il dit la réalité des choses, il n'y a jamais eu aussi peu de policiers dans ma ville », assure l'élu. Il y a deux ans, « trois voitures patrouillaient la nuit, aujourd'hui, nous n'en avons plus qu'une ». Dans sa ville, la violence a augmenté de « 92 % en huit mois ». Il lui manque près de vingt agents et parle d'« abandon du département ». Pourtant à l'UMP, son homologue de Neuilly-Plaisance, Christian Demuynck, ne mâche pas moins ses mots. « Nicolas Sarkozy n'a pas pris la mesure de ce qui se passe en Seine-Saint-Denis. Les moyens supplémentaires, on ne les voit pas ici. De plus, nos policiers sont très jeunes. » « Depuis les émeutes de novembre, aucune mesure n'est perceptible sur le terrain », résume Gilles Poux, maire (PC) de La Courneuve. Le département, « structurellement en déficit », selon ce dernier, bénéficie pourtant de 12,24 % d'effectifs supplémentaires depuis janvier 2002, à en croire les chiffres diffusés par la direction générale de la police nationale. Un « mensonge » pour Lagarde. « Il s'agit d'effectifs budgétaires, mais pas d'agents présents sur le terrain. Beaucoup sont mutés en janvier et ne sont remplacés qu'en octobre ! »

Les attaques se dirigent aussi vers les institutions judiciaires : « elles ne punissent jamais les mineurs, qui agissent ainsi en toute impunité », selon Jean-Christophe Lagarde. La faute repose encore sur le manque de moyens pour Christian Demuynck. Il estime que « le budget alloué pour prévenir la récidive est trop faible. La justice n'a que la prison à sa disposition, ce n'est pas la solution. » « Objectivement, le gouvernement n'a plus de fric... », résume Jean-Christophe Lagarde.

Magali Gruet

Les élus du 93 regrettent qu'il y ait quatre fois plus de policiers par habitant à Paris.« Paris doit aussi gérer ses touristes et ses flux de banlieue », justifie Alliance.