Jean-Pierre Rosenczveig: «Il faut nous donner les moyens d'appliquer la loi»

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Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny.

Comment réagissez-vous à votre mise en cause ?

Dans sa lettre, le préfet parle de la grande pauvreté, des difficultés sociales, du communautarisme, des barbus, des forces de police. Et il exprime aussi un jugement sur la chaîne pénale. Mais la note date de juin et elle ne sort qu'aujourd'hui. Ce n'est pas un hasard. Sachant que les deux tiers de la lettre allaient les embêter, certains ont saisi un paragraphe sur le tribunal de Bobigny pour créer un écran de fumée. C'est un moyen de ne pas parler des autres problèmes.

Le préfet vous accuse de n'incarcérer que 10 % des mineurs déférés à Bobigny. Est-ce vrai ?

Notre tribunal est celui qui défère le plus en France. Pour les délits, ce qui relève du juge pour enfants et d'une possible mise en détention ne concerne que les 16-18 ans. Chez nous, un tiers d'entre eux vont en prison. Si c'était 100 %, en quoi notre société serait mieux protégée ? Il n'y a pas d'incarcération à vie. Le préfet veut assurer l'ordre public à court terme, mais nous, les magistrats, nous nous préoccupons du moyen terme. Et nous savons que le mineur risque de sortir de prison plus dangereux qu'il ne l'était en entrant.

Que préconisez-vous ?

Du sur-mesure. Parfois frapper fort ; parfois prendre des mesures éducatives. Ensuite, il faut nous donner les moyens d'appliquer la loi, d'assurer le suivi éducatif. Nous avons toujours dit que la stratégie policière est insuffisante.

Recueilli par M. H.