«Ni pire ni mieux qu'avant les émeutes»

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« Est-ce qu'il y a plus de violences ici depuis les émeutes ? », s'exclame une mère de famille, rencontrée hier sur la place de l'église de Bondy (Seine-Saint-Denis). « Bien sûr, à tel point que je déménage. Même si on m'offrait un logement gratuit, je ne resterais pas ici. » Elle cite en vrac les vols de poussettes et les enfants qui traînent et qui se battent « dès l'âge de dix ans ». Elle habitait pourtant depuis 1989 à la cité de la Sablière, à Bondy-Sud. Mais au pied des immeubles de son quartier, les avis sont plus nuancés. Pour certains, la délinquance n'a pas augmenté depuis un an. « C'est ni pire ni mieux qu'avant les émeutes », entend-on souvent. Les vols avec violences, le trafic de drogue, les rodéos à moto sont toujours leur pain quasi quotidien. Et de nombreux mineurs reviennent encore du tribunal de Bobigny « les bras en l'air en signe de victoire », comme le miment quelques adultes. En revanche, l'attitude des policiers semble avoir changé depuis les événements de novembre. « On ne les voit plus, lâche un grand Noir au look de basketteur américain, sauf pour les contrôles d'identité. Et quand ça chauffe, ils ne sortent plus de leurs voitures. Ils ont peur, ou ils s'en foutent ? », se demande-t-il.

Cap sur Bondy-Nord, un quartier réputé plus sensible. « Changement de paysage », comme le dit un jeune, capuche sur la tête, en guise d'accueil. Au pied des tours vétustes, tachetées de paraboles, voilà les bandes que tout le monde craint. Démarche chaloupée et parler banlieue au rendez-vous. « On n'est pas plus les rois du monde qu'avant. Les mineurs savent qu'ils ne risquent presque rien, mais c'est pas pour ça qu'ils sont violents. C'est juste qu'ils ne connaissent plus les limites », lance un autre. « C'est toujours la même galère ici, tranche un de ses copains. Une goutte d'eau a fait déborder le vase en novembre. Et il est toujours plein. »

Laure de Charette

Contacté hier, le cabinet du maire de Bondy n'a pas pu fournir les données relatives au nombre d'habitants ayant déménagé pour une autre ville depuis un an.