«No war» à tous les étages

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A la porte du bâtiment, un agent de sécurité, brassard fluo hissé en haut du bras, contrôle chaque entrée. Retiré au lendemain des attentats du 11 septembre, le drapeau américain, qui flotte habituellement au fronton de la Fondation des Etats-Unis, ne semble pas prêt de faire sa réapparition. Près de 300 étudiants américains sont hébergés ici, en lisière de la cité universitaire internationale (14e). Face à la montée d’antiaméricanisme, la direction préfère jouer la carte de la prudence. Le lieu n’a pourtant rien d’une enclave pro-gouvernementale. « No war », « Non à la guerre impérialiste » scandent les affiches collées sur les portes des chambres. « Une manière supplémentaire de clarifier les choses », analyse Elisabeth, 20 ans, de Chicago. Dans ces couloirs, les supporters de George Bush sont introuvables. « Je n’en connais qu’une, confesse Hannah, New-Yorkaise. Mais bon... Son père travaille pour la CIA. » Pour ces Américains à Paris, le procès d’opinion est permanent. « En cours, à la cafet’... Tu dois tout le temps te justifier de ce que fait ton gouvernement », se désole Alex, 24 ans. « On nous assimile sans cesse à notre président », confirme Anna. « Moi j’ai pris l’habitude d’interrompre les gens qui commencent une phrase par “les Américains”. Il faut leur apprendre à dissocier le peuple et son administration. Leur faire comprendre que, d’un Etat à l’autre, les positions sont très différentes. » Dans une salle du rez-de-chaussée, Internet est en libre accès. Les sites d’information américains y sont parmi les plus consultés. « On se rend compte qu’aux Etats-Unis, le public ignore pas mal de choses, lâche un étudiant. Par exemple, les médias sont si alarmistes sur l’opinion française que mes parents s’inquiètent de me savoir à Paris. » « La différence entre la manière dont les journalistes français et américains traitent l’intervention est flagrante, confirme Anna. Si j’étais aux Etats-Unis, je n’aurais que leurs informations, je vivrais au milieu de gens dont les proches sont engagés dans ce conflit. Ma position anti-guerre serait peut-être différente. » Grégory Magne