Bruno Perramant donne à voir ce qui échappe à l'œil

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L'Enlèvement, réplique à Goya.
L'Enlèvement, réplique à Goya. — B.Perramant

Et si nous étions tous aveugles ? C'est l'hypothèse radicale mais riche d'enseignement du peintre Bruno Perramant, né à Brest en 1962, qui expose dans l'ancienne sacristie du Collège des Bernardins un ensemble de toiles sur le thème de la cécité. Tout en hauteur, sous les voûtes gothiques de cet édifice du XIIIe siècle se déploient ses obsessions peintes : personnages au regard masqué, draps souples qui occultent la réalité ou encore visages brouillés, comme passés dans une centrifugeuse. Comme pour signifier que le réel toujours se dérobe et que « voir n'est pas regarder », rappelle le peintre, s'excusant presque de s'en remettre à cette évidence. Cette idée d'une vision parcellaire est particulièrement présente dans son tableau L'Enlèvement, une réplique du Vol des sorcières de Goya auquel il a décidé d'enlever les trois sorcières présentes dans l'original. « Un double rapt », plaisante-t-il ou encore un « vol de vol »… Une métaphore de ce qui échappe à l'homme, dont l'empressement, les croyances et les constructions sociales, ont toujours fait de lui un mortel aveuglé. ■ L. C.-L.