Terminus pour le «petit gris du nord»

lucie romano

— 

V. WARTNER / 20 MINUTES

C'est le symbole de la modernité et du confort ferroviaire dans les années 1970. Extérieur inox, banquettes orange… Quand le «Petit Gris du Nord», train de banlieue, apparaît en 1965, il détrône la locomotive à vapeur et les assises en bois. Mais après quarante-huit ans de bons et loyaux services, et 3 600 000 km parcourus en moyenne, le Z6100 doit à son tour ranger ses wagons au profit du Transilien, introduit progressivement sur la ligne H depuis 2009 et, ces derniers temps, ultra-majoritaires sur le réseau. Jeudi, pour le dernier déplacement du tout dernier «Petit Gris», les amoureux sont venus lui rendre un dernier hommage, mais aussi refermer une page de leur histoire. «Ce train, c'est toute ma jeunesse, explique les yeux brillants Thierry Wagner, en gare de Persan Beaumont (Val-d'Oise). Je me souviens du bruit du moteur électrique quand le mécanicien accélérait, on entendait les crans qui montaient. Du bruit de l'air et des portes, des sonneries qui se déclenchaient. Et puis ces fenêtres qui s'ouvraient… Je m'accoudais pour prendre l'air et je m'imaginais en Jean Gabin dans sa cabine de conduite. La première fois que j'ai embrassé une fille, c'était aussi sur une banquette du Z6100.»

En quatre décennies, 2, 5 milliards de voyageurs ont circulé dans ces trains. Plusieurs générations. Autant d'histoires intimes. Et d'attachement à ces rames. A en faire oublier le chauffage par les pieds, le froid en hiver, la chaleur étouffante en été, en l'absence des normes de confort répandues en 2013. «Mais c'était confortable !», rétorque François Vallin, 25 ans, vêtu pour l'occasion d'un costume de contrôleur d'époque. Et convivial. Avant, il y avait des rideaux aux fenêtres, on discutait avec l'agent du train. C'était vivant, humain. «

Loïc Giuliani, président d'une association de préservation des» Petits Gris du Nord «, conduit» cet «escargot», long à mettre en vitesse, et qui parfois patine «. Il l'emmène dans une ambiance festive, jusqu'à la gare du Nord, avant d'écraser une larme. Le train, et tous ses alter ego, seront maintenant vendus, démontés ou conservés, pour la postérité. ■