«Ici, c'est chez nous ! J'y suis, j'y reste »

Oihana Gabriel

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«All you need is home», chantent des Beatles frigorifiés sur un dessin signé de l'association contre le mal-logement Jeudi Noir. Lundi matin, les deux associations Jeudi noir et le DAL (Droit au logement) ont reçu presse et élus pour officialiser leur occupation d'un immeuble vide au 2, rue de Valenciennes dans le 10e arrondissement. La quarantaine d'occupants, dont 24 enfants, aidés et encouragés par les associatifs, ont pris place dans ces 2000 m2 de bureaux transformés en habitat plutôt confortable depuis le 29 décembre. Car contrairement à beaucoup de lieux squattés, cet immeuble vacant depuis deux ans n'a rien d'insalubre et serait utilisable très rapidement.

Des lieux habitables


Un matelas par terre, le chauffage, l'eau chaude et deux W.-C. par étage, les quatorze familles se sentent plus à l'aise dans ce squat que dans les hôtels où ils séjournent. «Je suis française, je travaille, ça fait cinq ans que je suis à l'hôtel… Ici, c'est chez nous ! J'y suis, j'y reste», s'émeut Samia, installée avec ses trois enfants. Ces familles s'organisent pour cuisiner, participer aux tâches ménagères pour que la solidarité reste le maître-mot. «Ici, mon fils de 11 ans a sa chambre, de l'espace, il fait chaud, on est en famille, assure Aboutaj. Depuis huit ans, je vis dans un 26 m2, et malgré les trois chauffages, on a froid tout le temps. J'en ai marre des promesses en l'air.» Si squatteurs et associatifs espèrent tenir le plus longtemps possible, une expulsion pourrait se produire à tout moment. « Ce qui change, c'est qu'on a multiplié les documents : une vidéo datée, les noms des familles sur la boîte aux lettres, on a réuni 300 personnes lors d'un grand réveillon », assure Jean-Baptiste Eyraud, fondateur du DAL. Autant de preuves qui compliquent les démarches pour expulser les squatteurs. Autre raison d'espérer pour ces mal-logés : Cécile Duflot (EELV), ministre du Logement, est venue lundi après-midi réaffirmer sa volonté d'accélérer les démarches pour réquisitioner les bâtiments vides. ■