Toute une part d'ombre derrière l'hilarité de Yue Minjun

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Un visage rose, toujours le même, sourire forcé et toutes dents dehors, traverse depuis les années 1990 les tableaux du peintre chinois Yue Minjun. Autoportrait ou fiction, s'interroge-t-on face à cette hilarité systématique. «Non, ce n'est pas vraiment lui. Il s'agit d'un personnage, qui s'inspire de lui mais qui s'apparente plus à un masque ou à une caricature grotesque, comme dans les dessins animés», explique Grazia Quaroni, la commissaire de l'exposition «L'ombre du fou rire», qui retrace à la fondation Cartier la carrière de ce peintre contemporain ultra-coté. Un fou rire devenu marque de fabrique, rapidement exploité par des produits dérivés, mais dont l'origine est moins gaie qu'il n'y paraît. Créé dans un contexte historique désillusionné, «ce rire fut une réponse à la dépression que traversaient les intellectuels chinois après la répression sanglante de Tiananmen en 1989», précise la commissaire. Sardonique, Yue Minjun a su détourner, à sa façon, la propagande et ses ouvriers toujours ravis de travailler. Une interprétation subtile de l'art officiel et un gloussement compulsif très salutaire. ■ L. C.-L.