Rescapé, il équipe et forme pour faire face aux flammes

©2006 20 minutes

— 

 
  — no credit

C'était il y tout juste un an, mais dans sa tête, Wahabou Jammeh paraît en avoir pris dix. Le 26 août 2005, il passe la soirée chez son pote Ghislain, non loin de chez lui. Peu après minuit, il reçoit un appel d'une de ses soeurs, paniquée : leur immeuble du boulevard Vincent-Auriol (13e) brûle. Il accourt, mais ne peut que constater les dégâts. Parmi les familles de Maliens, Sénégalais ou Gambiens qui s'entassent sur sept étages, dix-sept personnes sont mortes, dont quatorze enfants.

Au quatrième étage, ses parents, oncles, tantes et ses huit frères et soeurs s'en sortent indemnes. Un miracle ? Aucunement. La belle-mère de Wahabou a simplement suivi une formation incendie sur son lieu de travail. Elle a su humidifier la porte, y coller du linge mouillé, et diriger toute la famille vers la fenêtre. « C'est basique, mais d'autres ne savaient pas. Ils en sont morts », dit Wahabou d'une voie posée qui cache mal l'émotion.

En urgence, comme tous les survivants, la famille de Wahabou a été relogée, dans de bien meilleures conditions. « Mais il avait fallu que des personnes meurent pour qu'on y vive. » Des photos des victimes rappellent aujourd'hui leur mémoire. S'il en était besoin. « On y pense tout le temps. Les enfants de 6 à 16 ans qui ont vécu ça ont peur la nuit, à la moindre porte qui claque. »

Sonné, « nonchalant face à la vie », « sans peps », Wahabou a lui aussi erré après le drame. A 23 ans, le « premier garçon de la famille » aurait pu « tomber dans la délinquance ». Mais il s'est ressaisi, décidant « d'agir plutôt que de discourir », peut-être en partie blindé par ses multiples galères passées : enfant, il est viré d'un appartement aux Abesses (18e). A 9 ans, il passe plusieurs mois sous une tente à quai de la Gare (13e) avant d'être relogé dans l'immeuble de l'avenue Vincent-Auriol. Pendant quinze ans, il est confronté aux refus de logement social.

Wahabou réunit donc ses proches et crée l'association Malaikas* pour équiper les immeubles insalubres d'extincteurs, de détecteurs de fumée et pour former les habitants aux réflexes de base en cas d'incendie.

En un an, plus de 200 « lieux de vie » ont ainsi été équipés. Caves, cages, pièces miteuses. « La misère existe, elle continuera d'exister. On a décidé d'alerter et d'agir sur les conséquences », explique Wahabou. Au culot, l'association convainc une grande entreprise d'extincteurs de leur en offrir 300 et de leur vendre les suivants à prix coûtant. Elle monte des concerts, suscite des dons privés, fait jouer ses relations, comme Ladji Doucouré, champion du monde d'athlétisme, ami d'enfance et à présent parrain de l'association.

Wahabou, lui, allonge ses journées à l'infini, entre son job dans une boîte de télécoms et ses entraînements avec l'équipe réserve du PSG. Sans regret d'avoir « renoncé à toute vie sociale », car pour lui, « c'est aussi une forme de thérapie ».

M. H.

*www.malaikas.org