Karine, Colette, Aïcha: un toit fragile au-dessus de leur tête

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Karine et ses voisines

Elles squattent un immeuble du 20e. Leur expulsion
sera autorisée à partir du 25 septembre.


Certains ont déjà plié bagage, contre les 1000 g proposés par le propriétaire pour quitter les lieux. Mais six familles, soit vingt-quatre personnes, n’ont pas trouvé de solution de repli, et vivent dans ce squat aux conditions de sécurité très relatives. Karine habite dans 9m2 avec son bébé de 4 mois et son mari. Les fils électriques sont apparents, l’eau a été coupée.
Tout l’immeuble va se servir à un robinet installé dans la rue,«ce qui étonne beaucouples riverains», relate sa voisine. La moitié des habitants ont des papiers, et renouvellent les demandes de HLM «depuis quatre à sept ans », selon les cas. Il y a trois mois, ils ont appris que leur expulsion était imminente.«A partir du
25 septembre, la police peut débarquer quand elle veut »,précise Karine. Une pétition est lancée dans le quartier, certains se rendront à des manifs ce week-end. «Nous n’avons rien à perdre, il faut rendre notre situation publique », conclut une mère de famille.

Colette, 60 ans

Loue un appartement du 15e. Elle et ses voisins septuagénaires sont menacés d’expulsion après une vente à la découpe.

Colette conserve précieusement les dossiers où elle entasse jugements, mises en demeure de quitter les lieux et rapports d’huissiers. Installée dans son petit appartement depuis 1995, avec un bail loi 1948, elle se débat dans les tribunaux pour faire valoir ses droits et ceux de ses voisins plus âgés, depuis que leur immeuble est vendu à la découpe. Le cas de deux d’entre eux, âgés de 73 et de 76 ans, l’inquiète tout particulièrement : ils ont reçu, dans le courant de l’année, un commandement de quitter les lieux. En théorie, ils sont expulsables à tout instant. « Ce sont des personnes très malades. Au début, j’ai essayé de cacher tout ça à Solange, car si on lui avait parlé d’expulsion, cela aurait été terrible. Mais un jour, l’huissier est venu, elle a compris », se rappelle Colette. Une enquête sociale est en cours. Le préfet de police décidera ensuite de les expulser ou non.

Aïcha, 42 ans

Habite à l’hôtel avec ses cinq enfants depuis son expulsion, pour 2 400 euros par mois.

La fatigue se lit sur son visage, après un été passé dans les 9 m2 de sa chambre d’hôtel en bord de périph. Elle loue deux chambres, 40 euros chacune la nuit, soit 2400 euros par mois. Alors qu’elle n’a que
2000 euros de revenus. Après avoir puisé dans ses dernières économies, Aïcha craint de devoir partir. Avant, elle s’acquittait de 650 g pour un appartement
dans le 18e. Mais elle a été expulsée en juin.«Le propriétaire voulait récupérer son bien. Ce qui est anormal, c’est que la mairie ne me trouve rien », estime Aïcha, arrivée en France à 17 ans et dont le mari a travaillé toute sa vie chez Renault. De son côté, elle fait quelques heures de ménage par semaine. Et renouvelle ses demandes de HLM «depuis treize ans ». «Une fois, on m’a proposé quelque chose à La Celle-Saint-Cloud, mais le bailleur m’a refusée. » Elle a aussi cherché dans le privé, sans succès. Son mari,«qui a honte de la situation », vagabonde depuis l’expulsion. M. G.