Soldats et résistants étrangers à l’honneur

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Un hommage tardif, mais bien mérité. Cette année, à l’occasion du 62e anniversaire de la Libération de Paris célébré demain par la Ville, les milliers d’étrangers ayant participé aux combats de la Résistance et de la Libération sous le drapeau français sont à l’honneur. Longtemps sous-estimé, le rôle joué le 25août 1944 par ces résistants et soldats
venus des anciennes colonies d’Afrique ou d’Asie, mais aussi de Russie, d’Espagne et même d’Allemagne commence à être reconnu. Certains historiens estiment que près de la moitié des acteurs
de la libération de la capitale étaient des étrangers. La 2e DB (division blindée) du général Leclerc comptait elle aussi dans ses rangs entre un quart et la moitié
de combattants venus d’ailleurs. « Soixante-quinze pays étaient représentés ce jour-là. Et les premiers chars à pénétrer dans la capitale le 24 août à 21 heures s’appelaient Madrid, Guadalajena, Teruel et étaient dirigés par des républicains espagnols », explique David Charpentier, le scénographe chargé de la mise en scène de l’évocation historique «Patriotes d’ici et d’ailleurs » présentée demain (lire l’encadré).
« Les Parisiens étaient même surpris de voir débarquer des jeunes hommes qui parlaient à peine français », raconte le président de l’association des anciens guérilleros en France, Narcisse Falguera. Comme lui, près de dix mille républicains espagnols se sont engagés dans la résistance sur le sol français. Ils avaient une vingtaine d’années et fuyaient le régime de Franco. « Ce n’était ni du cinéma ni de l’aventure.On avait un idéal de liberté, et la cause de la France était notre cause, cela coulait de source. Je
me suis engagé spontanément, pour apporter mon grain de sable à la victoire», se souvient-il. Reste que la France, elle, ne s’est pas souvenue pendant longtemps de ces milliers d’hommes venus d’ailleurs
pour la libérer. Jusqu’au décret adopté en novembre 2003, les anciens combattants étrangers percevaient des indemnités jusqu’à sept fois inférieures à celles de leurs anciens frères d’armes français. « Même si c’est aujourd’hui dans l’air du temps, ce n’est que justice de leur rendre hommage. Il ne faut pas les oublier », estime David Charpentier.

Laure de Charette