Nez à nez avec les poissons

Oihana Gabriel

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Charlie a proposé aux enfants de découvrir les poissons grâce au toucher.
Charlie a proposé aux enfants de découvrir les poissons grâce au toucher. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«Il est mignon, mais il ne sent pas bon », rigole Sekou, 8 ans, les mains sur un maquereau. Jeudi midi, quatre enfants malvoyants ou non voyants se sont familiarisés avec huîtres, soles et coquillages dans la poissonnerie de Charlie, rue Oberkampf (11e). « Il a des épines ce poisson », s'exclame Sekou. « Des écailles », corrige Charlie. Ces enfants ont déjà rencontré boulanger, primeur et boucher du quartier. C'est grâce à leur enseignante, qui a remarqué des dessins d'enfants affichés sur les murs de la boutique, qu'est née l'idée de cet atelier didactique in situ.

Tâter et déguster
Charlie décrit la taille, la couleur, la chair des poissons. Puis il confie un bulot vivant à chaque enfant. « Là, c'est dur et là c'est mou, c'est cette partie qu'on mange », avance Caroline, 6 ans en caressant la coque. Les enfants ont droit à une petite dégustation. « Le tarama rose est fait avec du crabe et le blanc avec des œufs de cabillaud. » Après avoir baladé leurs mains sur les crustacés et poissons, les enfants s'emparent de lingettes exhalant le citron. « Moi, j'ai tout préféré… sauf les huîtres », sourit Caroline. De retour dans leur classe, ces enfants imagineront un dessin ou un modelage qui seront exposés dans la poissonnerie la Croix. « Peut-être que je mettrais d'autres couleurs que le gris », prévient Inass, 9 ans. « J'ai fait venir des maternelles en 2008 qui ont imaginé leur étalage et laissé des dessins, raconte Charlie, vêtu d'une salopette jaune et d'une marinière. Ça fait une éternité que je voulais faire un cours à ces enfants plus sensibles aux odeurs. Les gamins ne font pas la différence entre un poisson carré et un frais. J'avais aussi envie de les sensibiliser à mon quotidien. Les artisans sont en voie de disparition. Il faut que nous fassions aimer nos métiers aux plus jeunes. »