Le gymnase, point de ralliement

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Le sort des quelque 200 squatteurs africains expulsés à Cachan (Val-de-Marne) restait dans l'impasse dimanche, la préfecture et la mairie se renvoyant les responsabilités, et nourrissait le débat politique entre Ségolène Royal (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP).
Le sort des quelque 200 squatteurs africains expulsés à Cachan (Val-de-Marne) restait dans l'impasse dimanche, la préfecture et la mairie se renvoyant les responsabilités, et nourrissait le débat politique entre Ségolène Royal (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP). — Bertrand Guay AFP

La vie s’organise dans le gymnase où les squatteurs
de Cachan (Val-de-Marne), délogés jeudi par la police d’un bâtiment du Crous, viennent de passer leur troisième nuit. Sur les 500 habitants du squat, 150 avaient refusé de partir à l’hôtel, et avaient trouvé refuge dans un gymnase prêté par la ville. Hier, 150 personnes de plus les y ont rejoints. «Ceux qui étaient partis dans les hôtels reviennent, ils ont vu que c’était un piège. Car dans un mois, on les mettra dehors », raconte Sira, mère de deux enfants. Dans les locaux, le système D marche à plein régime. Agnès, une coiffeuse sans-papiers, s’est proclamée cuisinière,
et fait bouillir une marmite de soupe dans l’escalier.
Dans les vestiaires, une ethnopsychologue recueille le témoignage des femmes, qui disent avoir été maltraitées par la police lors de l’expulsion, tandis que dans la salle voisine, les hommes ont improvisé une salle de prière. Et dans le gymnase lui-même, réservé aux femmes et aux enfants, des bénévoles venus
soutenir les familles doivent parfois intervenir pour faire régner l’ordre.«Samedi soir, les hommes ont tenté de prendre la place des femmes sur les matelas », raconte Monique, une habitante du quartier qui distribue du café. Tous réclament des papiers, pour ceux qui n’en ont pas, et un logement. Mais hier, la
préfecture déclarait qu’elle n’était « pas prête à faire de nouvelles propositions » et qu’elle ne « rouvrirait pas le dialogue avec les habitants » du squat, sur ordre du ministre de l’Intérieur. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs estimé qu’il avait « fait son devoir » en ordonnant l’expulsion, car il appliquait une«décision de justice ». Le maire PS de Cachan demande pour sa part à la préfecture de « trouver un nouveau lieu» pour héberger les expulsés. Parallèlement, le cas des 66 sans-papiers interpellés jeudi et placés en centre de rétention était étudié ce weekend par des juges des libertés. « Seules trois personnes en sont sorties pour l’instant », assure une élue Verte de Cachan,
membre du comité de soutien.

Magali Gruet