« La morale m'impose de continuer ce combat »

Hélène Colau

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Pierre Neurohr revendique les faits.
Pierre Neurohr revendique les faits. — CHAMUSSY / SIPA

«Non seulement je reconnais les faits, mais je les revendique et j'en suis fier. » Pierre Neurohr a la voix ferme et le regard fier. Il comparaissait mardi devant le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour avoir empêché un avion de décoller, début août à l'aéroport de Roissy. Après avoir découpé le grillage, le militant écologiste de 44 ans s'est assis devant un appareil prêt à décoller. Bilan : sept minutes de retard pour l'avion, trois mois de prison avec sursis et une volonté intacte de sauver la planète pour l'accusé.

Catastrophe climatique
Car ce n'est pas un acte isolé pour Neurohr, mais un vrai engagement contre le changement climatique. Depuis juin dernier, il s'est introduit cinq fois dans l'aéroport pour se placer devant des avions. « En 2030, des régions entières seront dévastées par des sécheresses à répétition. Des millions de personnes vont mourir de faim », débite-t-il mécaniquement. « Nous ne sommes pas au Parlement, les magistrats sont là pour faire appliquer les lois », l'interrompt la présidente. « Allez-vous recommencer ? », demande un juge. « La morale impose de continuer ce combat, mais je ne sais pas si j'en suis capable », souffle l'accusé, affaibli par deux semaines d'incarcération. Pour l'avocat d'Air France, pas d'argument environnemental qui vaille. « C'est du fondamentalisme du climat que de considérer qu'il faut supprimer les avions », lance-t-il. L'avocat de la défense, lui, met en avant la Charte de l'environnement. « Toute personne a le droit de prendre part à la préservation de l'environnement. » « Il y a d'autres moyens, comme les manifestations. Nul ne se fait justice lui-même », tranche le tribunal.

Militant

Pierre Neurohr a travaillé pour Greenpeace, notamment au moment des essais nucléaires français à Muroroa. En 1997, il a fondé le Centre national d'information indépendante sur les déchets.