Dix années de bouleversements culturels

CULTURE Séries, cinéma, musique, télé:La décennie qui s’achève a été riche, culturellement parlant. Petit récapitulatif.

Sandrine Cochard

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  — ABC
Des séries de qualité

Des balbutiements s’étaient fait sentir dès la seconde moitié des années 1990, avec l’arrivée de série comme «X-Files», «Urgences», «Ally McBeal» et «Les Soprano». Rythme maîtrisé, intrigue accrocheuse, ton original et budget de superproductions sont désormais les valeurs sûres de ces séries qui ont décidé de ne plus prendre les téléspectateurs pour des cons. Les années 2000 confirment cette tendance et prouvent que les séries rivalisent – voire détrônent – avec le cinéma. C’est l’apogée des «24h chrono», «Lost», «Dexter», «Desperate Housewives», «Six feet under», «Les Experts» et autres «Prison Break» ou «Heroes».



«Il y a eu un renouveau créatif avec les Soprano (diffusée aux Etats-Unis en 1999, ndlr) qui a obligé les chaînes à se bouger pour proposer de nouvelles séries», rappelle Alain Carrazé, auteur d’un blog sur le sujet. Cet âge d’or semble pourtant déjà fini, la grève des scénaristes à Hollywood, en 2007, ayant laissé des traces. Les chaînes parviendront-elles à relancer la machine en 2010?

La révolution numérique du cinéma

Après l’invention du bullet time en 1999 pour Matrix, le cinéma poursuit ses fabuleuses avancées technologiques. La décennie est marquée par de nouveaux effets spéciaux époustouflants, comme l’illustre la trilogie du Seigneur des anneaux et la transposition – encore inimaginable quelques années plus tôt – de l’univers de Tolkien.



C’est aussi le renouveau des films animation qui captent désormais un public adulte. Les studios Dreamworks lancent la tendance avec la saga des Shrek, dont le premier remporte l’Oscar du film d’animation en 2001. D’autres grands crus suivront, comme Valse avec Bachir, Wall-E ou encore Là-Haut.



En 2009, de nouvelles révolutions numériques promettent de bouleverser les codes et la fabrication des films: celle de la 3D et la technique de «performance capture» utilisées pour Avatar, le dernier long-métrage de James Cameron, pour lequel le réalisateur crée lui-même le matériel qui lui manque pour avoir les moyens de son imagination débordante (caméras stéréoscopiques notamment). Le premier d’une longue série sans aucun doute.

Apogée et mort de la pop

Un nom résume à lui seul les turbulences vécues par la pop entre 2000 et 2009: Britney Spears. La chanteuse et son nombril découvert explosent en 1999 avec le titre «Baby one more time».


Britney Spears - Baby One More Time [1999]
envoyé par wonderful-life1989. - Clip, interview et concert.

Suivront des années de gloire où la pop – qui puise désormais dans le vivier du Mickey Mouse Club - engendre plusieurs artistes du même acabit (Christina Aguilera, Justin Timberlake, Lorie en France). L’heure est aux mélodies faciles, aux chorégraphies millimétrées et aux déhanchés sensuels. Ambiance lolitas et toy boys, quoi. Ce succès fulgurant basé sur du vent déchaîne les critiques. Rapidement, être «pop» devient ringard, presque une insulte, et ses artistes sont perçus comme infréquentables et souvent moqués, notamment par le rappeur Eminem. Feu le groupe Nsync se charge de lui répondre à travers le titre «Pop».

Ce joli vernis s’écaille pourtant rapidement, les bébés stars traversant tous une crise post-adolescente. Après avoir épousé un nobody et lui avoir donné deux enfants, Britney Spears pète les plombs et se rase le crâne. On craint alors pour sa santé mentale. De leur côté, les ex-enfants chéris de la pop prennent leur distance avec leur mère nourricière: Christina Aguilera se la joue diva et Justin Timberlake se tourne vers le R’n’B, nouveau genre roi de la deuxième moitié de la décennie 2000 qui glorifie désormais Beyoncé et autre Rihanna. Même le retour inespéré de Britney Spears marque un changement, ancré plus électro que ses précédents albums. Comble de la lose, le site Billboard attribue son prix de l’artiste de la décennie à Eminem, ennemi juré de la pop mais grand nom du rap US. Pour finir, la mort de Michael «King of Pop» Jackson, le 25 juin dernier, scelle définitivement le sort de la pop.

La télé se pique de réalité

Souvenez-vous, c’était en 2001. La téléréalité débarque sur M6 sous la forme de plateforme shoes et d’un décolleté plongeant. La France découvre Loana et «Loft Story», première émission de téléréalité diffusée dans l’Hexagone. Le principe est simple: une quinzaine de personnes se laissent enfermer dans une maison et vivent sous l’œil des caméras. Des jeux pimentent la vie en communauté, attisant souvent les rivalités et promettant de beaux moments de crises et de larmes. Les réactions oscillent entre fascination pour cet ovni télévisuel – le fameux pouvoir hypnotique du vide – et violentes attaques contre cette «télé-poubelle».


Loft 2007-03-06 20-51-49h
envoyé par nimportequoiorg. - L'actualité du moment en vidéo.


L’émission tient pourtant en haleine et fera des petits, même sur TF1 qui avait juré de ne pas y venir. «La téléréalité a explosé et bouleversé le petit écran. Elle est pour la télévision ce que le dadaïsme était à la peinture, ce que le punk était à la musique: une nouvelle écriture et une remise en cause des codes, assure Angela Lorente, directrice de la téléréalité sur TF1. C’est un concept très créatif qui a influencé tous les genres télévisuels.» Sur le même modèle se succèderont «Loft Story 2», «Nice People», «Secret Story» ou encore «L’île de la tentation» dont le pitch machiavélique consiste à jeter un couple en pâture à des «tentateurs» pour tester leur couple. La force de ces programmes réside dans le choix des candidats, dont certains passeront malgré eux à la (courte) postérité.



Puis le public se lasse de ces rats de télévision. La téléréalité doit s’adapter montre un nouveau visage, proposant des émissions où les candidats ne sont plus cantonnés à la passivité. C’est l’apogée «Nouvelle Star» et «Star Academy». Mais la répétition du modèle, qui peine à se renouveler, lasse de nouveau. L’année 2009 est un tournant. Le monde découvre Jade Goody, starlette révélée par la téléréalité qui pousse l’indécence jusqu’à mettre en scène sa mort, et TF1 annule ses deux émissions phares, «Star Academy» et «L’île de la tentation». Même la mythique Big Brother, première émission de téléréalité, est arrêtée. Pour séduire de nouveau les téléspectateurs, les chaînes misent désormais vers des programmes plus soft, tel «Un dîner presque parfait». La téléréalité du début semble bien enterrée.