VIDEO. COP24, la suite: A quand en France des marches lycéennes pour le climat?

MOBILISATION Les lycéens belges, suisses et allemands ont marqué les esprits en fin de semaine dernière en séchant les cours pour marcher en masse pour le climat à l’appel de la jeune suédoise Greta Thunberg. En France, il n’y a rien de tel à ce jour…

Fabrice Pouliquen

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Des étudiants manifestent à Bruxelles ce jeudi 17 janvier pour presser les adultes d'agir contre le réchauffement climatique.
Des étudiants manifestent à Bruxelles ce jeudi 17 janvier pour presser les adultes d'agir contre le réchauffement climatique. — NICOLAS MAETERLINCK / BELGA / AFP
  • Des milliers de lycéens belges, suisses et allemands - pour ne citer que les trois plus fortes mobilisations - ont défilé en fin semaine dernière pour pousser les adultes à agir contre le réchauffement climatique.
  • Des mouvements qui font écho à l’appel à la grève de l’école, chaque vendredi, lancé lors de la dernière COP24 par l’adolescente suédoise Greta Thunberg. En France, à part quelques rares exceptions, cet appel est restée lettre morte.
  • Mais les syndicats lycéens veulent se mettre en ordre de marche pour être fin prêt pour le 15 mars, grande journée de mobilisation lycéenne pour le climat. Toujours à l’appel de Greta Thunberg.

Près de 2.500 jeunes dans les seules rues de Bruxelles jeudi dernier. Vingt-cinq mille dans 52 villes allemandes un jour plus tard. Douze mille en Suisse en totalisant les rassemblements de Genève et de Lausanne. Et puis une kyrielle de rassemblements épars à Vienne, Edimbourg, Cardiff, Londres et Manchester, à Pasadena (Californie), à Vancouver, en Suède…

A chaque fois, les mêmes affiches aux slogans percutants pour secouer les adultes et les appeler à engager véritablement la bataille contre le réchauffement climatique. Pêle-mêle : « Ne loupez pas notre futur » vu à Vancouver, « Faites l’amour pas du CO2 » à Neuchâtel, « Si le climat était une banque, il serait sauvé depuis longtemps », en Suisse toujours, ou encore « Le système doit changer, pas le climat », à Bruxelles…

A chaque fois aussi, les cortèges de collégiens et lycéens défilent sur les heures de cours. « Si l’on va seulement le dimanche aux manifs, ça a moins d’impact. Et puis, à quoi ça sert d’aller à l’école si on n’a plus de futur », raconte Bruyère, jeune Bruxelloise, au journal La Libre Belgique.

Un écho mondial à l’appel de Greta Thunberg

Ce n’est pas la première fois, ces derniers mois, sur tout le globe, des jeunes sèchent l’école, le plus souvent le vendredi, pour entamer ces grèves de l’école pour le climat.

La paternité du mouvement est à attribuer à Greta Thunberg, cette Suédoise de 15 ans qui, depuis août, fait le pied de grue devant le parlement suédois chaque vendredi pour demander à son pays à accélérer sa transition écologique. Son histoire et son discours à la tribune avaient fait sensation lors de la COP24 à Katowice (Pologne) début décembre, médiatisation dont avait profité l’adolescente pour lancer un appel à la mobilisation auprès de la jeunesse.

« Avant même cet appel le dernier vendredi de la COP 24, Greta Thunberg avait déjà inspiré des grèves d’écoliers en Australie, là encore pour sauver le climat et s’opposer plus spécifiquement à un projet de grande mine de charbon porté par l’entreprise Adani dans le Queensland », rappelle Nicolas Haeringer, chargé de campagne à 350.org, une ONG spécialisée dans les mobilisations citoyennes.

Puis, des grèves des écoles pour le climat ont éclos sporadiquement en Europe et en Amérique du Nord, avant de monter en puissance jusqu’à atteindre les rassemblements de la semaine dernière, véritable premier écho mondial à l’initiative de la jeune Greta Thunberg. Et ça fait du bien, à écouter Nicolas Haeringer. « Il est difficile encore de savoir comment ce sursaut de la jeunesse peut aboutir à des transformations concrètes, estime-t-il. Mais en défilant dans les rues, en parlant de leur mobilisation à leurs parents, ces jeunes nous mettent déjà, nous les adultes, face à nos responsabilités. On le voit bien dans les slogans. Le débat n’est plus de savoir s’il faut croire ou non au changement climatique. Il est bien plus de se demander ce qu’on a fait à présent pour endiguer ce réchauffement et qu’est-ce qu’on doit faire maintenant. »

« Des derniers mois accaparés par les questions économiques et sociales »

Néanmoins, il y a des pays qui manquent encore à la carte des mobilisations. A commencer par la France. Il y a eu à ce jour quelques initiatives relativement isolées. Celle notamment d’Ysée Parmentier, jeune collégienne à Lafrançaise dans le Tarn-et-Garonne. Mais pas de grèves massives pour le climat.

« Ces derniers mois ont surtout été accaparés par les questions économiques et sociales, en lien avec le mouvement des gilets jaunes, justifie Nathan Le Potier, secrétaire général de l’Union nationale lycéenne (UNL-SD). « A cela s’ajoutent des crispations plus spécifiques aux lycéens autour de la réforme du baccalauréat, de la surcharge des classes et de l’accès à l’université », ajoute Romain Le Conte, permanent national à la FIDL, autre syndicat lycéen. Des élèves de 700 établissements étaient ainsi mobilisés le 11 décembre dernier, à l’occasion du « Mardi noir », journée de mobilisation lycéenne. Ces questions restent très prégnantes à l’agenda lycéen alors que Parcoursup, la plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur pour les bacheliers, ouvre ce mardi.

L’appel du 15 mars dans la ligne de mire

Dans ce contexte, les grèves de l’école pour le climat sont quelque peu passées à la trappe pour l’instant. « Mais beaucoup de nos militants demandent qu’on s’engage sur ces questions, indique Romain Le Conte. Un référent sur cette thématique devrait être d’ailleurs nommé ce week-end à l’occasion de notre conseil national. »

Surtout, Greta Thunberg a lancé un appel à une grève scolaire mondiale le vendredi 15 mars, mouvement qui s’annonce très suivi et que les syndicats lycéens français ne veulent pas louper cette fois-ci. « Nous avons déjà des réunions pour préparer cette journée, confie Nathan Le Potier, pour l’UNL. Les mouvements citoyens organisateurs des différentes marches pour le climat depuis septembre dernier s’en félicitent. Ils misent beaucoup sur cette journée du 15 mars et surtout celle lendemain, journée pour laquelle sont prévues des grandes marches pour le climat en France.

Il n’y aura d’ailleurs pas de marches pour le climat à Paris ce dimanche 27 janvier, « mais une agora, place de la République, qui permettra entre autres de préparer la mobilisation des 15 et 16 mars », précise Elodie Nace, chargée de mobilisation à Alternatiba. Il y aura cinq débats, dont l’un justement axé sur les questions des mobilisations lycéennes et étudiantes. »

La jeunesse française pas moins concernée

Une faible réponse des élèves français à l’appel de Greta Thunberg ferait tache. Elodie Nace n’est pas inquiète. « La jeunesse française ne se sent pas moins concernée par le réchauffement climatique que les autres », estime-t-elle. Elle en veut pour preuve le manifeste pour un réveil écologique lancé début octobre par des étudiants de grandes écoles français. Ils disent ne plus se reconnaître dans le modèle de société consumériste promu aujourd’hui et pointe le manque de vision à long terme de nos sociétés. Ce texte a d’ores et déjà été signé par 29.000 étudiants, dont 26.000 Français.