Une opération « blocage » à l'aube « Un jour ou l'autre, le pire arrivera... »

Aurélie Selvi

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« Si vous n'êtes pas solide mentalement, bosser en prison peut être une torture », dixit Patrick.
« Si vous n'êtes pas solide mentalement, bosser en prison peut être une torture », dixit Patrick. — A. SELVI / ANP / 20 MINUTES

Ils se sont donné rendez-vous avant le lever du soleil. Ce mercredi dès 6 h 30, à l'appel national du syndicat Force ouvrière (FO), une partie du personnel de surveillance mène une opération « blocage » de la maison d'arrêt niçoise. Objectif : dénoncer « une destruction du service public pénitentiaire ». « A Nice, une vingtaine d'agents supplémentaire est nécessaire pour fonctionner de manière acceptable. Or, seuls 12 seront recrutés d'ici six mois pour tous les établissements de Paca », selon Laurent Paquet, délégué régional FO, qui déplore aussi « une gestion dictatoriale, avec des dérapages au niveau de la sécurité, et des personnels en souffrance. » « Avec 217 employés, le taux de couverture est respecté », tempère Alexandre Bouquet, directeur adjoint à Nice, qui assure comprendre « le sentiment » d'insécurité du personnel et se dit prêt à rencontrer « ceux qui le souhaitent ». Ce mercredi matin, les manifestants ont prévu de maintenir l'entrée du personnel, des services médicaux et des familles se rendant au parloir, mais d'empêcher extractions de détenus et visites d'intervenants ou d'avocats. La direction a quant à elle alerté mardi la préfecture afin « qu'elle requiert à la force publique en cas de besoin ».A.  S.«Quand j'ai débarqué à Nice en 1990, les anciens m'ont dit : “Ici, tu sais, ça va bientôt fermer”... » Vingt-deux ans plus tard, Patrick* est toujours moniteur de sport à la maison d'arrêt de la capitale azuréenne. Souvent évoqué, le départ du centre-ville de cet établissement, mis en service en 1887, n'a quant à lui jamais eu lieu. Chaque semaine, c'est donc entre les vieux murs de la rue de la gendarmerie que ce quinqua coache environ 200 détenus, soit presque la moitié de l'effectif niçois (environ 500 pour 363 places). « Ici, le terrain de sport est le seul endroit où ils peuvent regarder le ciel sans grillage... », glisse-t-il.

« Sentiment de malaise »
Bosser dans l'univers pénitentiaire ? « C'est un boulot comme un autre. Mais aujourd'hui, ça devient de plus en plus difficile  », pointe Patrick, qui a fait ses premiers pas carcéraux à Fleury et à Pontoise, en région parisienne.
La faute à un « manque de moyens humains », mais aussi à un « durcissement de mentalité des détenus », assure cet employé. « Depuis une dizaine d'années, ils sont plus jeunes et surtout moins respectueux, confie-t-il. Avec l'arrivée de nouvelles normes européennes, leurs conditions de détention se sont aussi améliorées. La fouille systématique au parloir n'est, pas exemple, plus obligatoire. Résultat : du cannabis circule dans une grande partie des cellules. On a parfois l'impression qu'on en fait plus pour les prisonniers que pour le personnel », déplore cet employé. Un climat d'insécurité qui serait renforcé à Nice par un phénomène tout particulier. Encerclée par des immeubles et la voie de chemin de fer, la maison d'arrêt est prise d'assaut à la nuit tombée par des projectiles lancés de l'extérieur : « entre 20 et 50 colis sont envoyés chaque soir aux pieds des bâtiments. Malgré les installations mises en place, beaucoup sont récupérés par les détenus. Un jour ou l'autre, l'un d'entre eux contiendra un calibre et on sait que le pire arrivera... », s'inquiète Patrick.