Paul, un doyen en sursis à AnsaldoBreda

Erwan Rousseau

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Aujourd'hui agent d'accueil, Paul a intégré la société cannoise alors qu'il n'avait que 21 ans.
Aujourd'hui agent d'accueil, Paul a intégré la société cannoise alors qu'il n'avait que 21 ans. — E. ROUSSEAU / ANP / 20 MINUTES

« C'est un immense gâchis. » Paul en a gros sur le cœur. Après 38 ans de bons et loyaux services pour le compte d'AnsaldoBreda, l'idylle risque de toucher à sa fin. En effet, en fonction de la décision rendue ce matin par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, l'entreprise cannoise, spécialisée dans la réfection de matériel roulant, pourrait bien fermer ses portes, définitivement (lire ci-dessous). L'avenir de Paul s'écrit désormais en pointillé. « J'aurais voulu terminer ma carrière ici, il ne me reste plus que deux ans avant la retraite », glisse-t-il. Un espoir sur le point de s'envoler pour cet homme de 58 ans qui avoue « ne plus y croire depuis bien longtemps ». Dans les entrepôts cannois, la morosité ambiante a pris le pas sur tout le reste.
Depuis les années 2000, le quinquagénaire a assisté, impuissant, au déclin de l'entreprise. « Avant 2006, il y avait encore une centaine de voitures de trains à rénover. A la grande époque, jusqu'à 500 employés s'affairaient, l'entrepôt était rempli », se souvient-il.

Seul à l'entrepôt
Mais avec la perte de plusieurs marchés, l'usine s'est progressivement vidée. « Depuis quelques années, on ne comptait plus qu'une trentaine de véhicules en chantier », déplore Paul, entré dans l'entreprise à l'âge de 21 ans.
Une déchéance douloureuse pour lui qui a tout connu… et surtout les belles années. Assemblage, moulage, levage… Arrivé en 1974, il est passé par toutes les étapes de la chaîne de rénovation. « Dans les années 1980, nous fabriquions même les sièges du métro de Mexico », se rappelle avec nostalgie ce père de famille. Une époque désormais révolue. Ironie du sort, le « doyen » de l'entreprise était hier l'un des derniers employés présents sur le site. Devenu agent d'accueil depuis 2010, Paul n'a pourtant plus grand monde à recevoir. Dans l'attente du jugement d'aujourd'hui, ses 115 derniers collègues ont été autorisés à déserter les lieux depuis le début du mois de février.