plongés dans les camps

J. C. Magnenet

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« Ces griffures sur les murs des chambres à gaz, je ne suis pas prêt de les oublier », lâchait Tom (en bas, à gauche), après cette journée éprouvante mais nécessaire.
« Ces griffures sur les murs des chambres à gaz, je ne suis pas prêt de les oublier », lâchait Tom (en bas, à gauche), après cette journée éprouvante mais nécessaire. — J.C. MAGNENET / ANP / 20 MINUTESJ.C. MAGNENET / ANP / 20 MINUTESJ.C. MAGNENET / ANP / 20 MINUTESJ.C. MAGNENET / ANP / 20 MINUTESJ.C. MAGNENET / ANP / 20 MINUTES

à peine descendue de l'autocar, Salomé se dirige vers les rails, caméra au poing. Ces rails qui s'enfoncent dans le camp de Birkenau. Avec près de 200 collégiens des Alpes-Maritimes, cette Cannoise de 3e affrontait l'horreur des camps de la mort, ce mardi, à Auschwitz, dans le froid glacial de la Pologne. Les pieds dans la neige, par groupe de 15, les jeunes découvrent le quotidien des déportés par le régime nazi durant la seconde Guerre Mondiale. Les dortoirs en bois, gelés en hiver, les rangées de latrines, simples trous dans un long bloc de béton. Et des chambres à gaz, où « jusqu'à 2 000 personnes étaient obligées de s'entasser dans 200m² avant de mourir », détaille la guide que suit Salomé. Ce qui la marque le plus ? « L'immensité » des 175 hectares du camp. Ces dizaines de baraquements séparés par un kilomètre de rails, qui permettaient aux trains de déverser leur flot de déportés. « Il y a une tension indescriptible dans l'air. », glisse l'élève.

« Ne pas oublier »
L'après-midi ne sera pas moins oppressant. Non loin, dans le camp de concentration d'Auschwitz-I, les collégiens découvrent des lieux de torture, comme ces « cellules de la famine », où des prisonniers étaient laissés « sans boire ni manger à agoniser jusqu'à la mort », explique leur guide. Au sein du musée installé le long des bâtiments de briques, le calme de ces gamins de 14 ans est étonnant. Gaël est frappé par « les milliers de lunettes » ayant appartenues aux victimes, exposés derrière une vitre. « Avant d'arriver, on ne se sent pas forcément concerné, avoue-t-il. Mais quand on se dit que tout ça a appartenu à des gens, ce n'est plus pareil. » Les tas de cheveux coupés et stockés par les bourreaux, les clichés de déportés faméliques... « C'est choquant de voir ça, juge Tom. Mais 23 kilos, ce n'est que des chiffres, et on ne se rend pas compte avant d'avoir vu ces photos ».
Salomé a tout mis en boîte. Elle compte réaliser un court-métrage pour ses camarades restés en France. « Nous avons eu plus de 100 volontaires, confie son prof, Jean-Marie De Tremeuge. Alors pour choisir les 15 qui devaient partir nous leur avons demandé de présenter un projet motivé qui raconte aux autres ce voyage ». Même si « collégien ou pas, tout le monde devrait venir ici pour ne pas oublier », répète Salomé.

Devoir de mémoire

Depuis 2004, le conseil général des Alpes-Maritimes organise pour ses collégiens des « voyages de la mémoire » à Auschwitz, qui durent une journée. Dix mille élèves ont ainsi vécu cette « rencontre avec le passé ». Plusieurs départements mènent la même démarche, mais « nous sommes celui qui envoie le plus d'élèves » là-bas, assurent les services du CG06. Cette année, 45 collèges auront participé aux 4 voyages programmés. Des élèves scolarisés à Nice, Grasse, et Cannes ont fait le déplacement en Pologne ce mardi.