Dur duel pour l'église russe

Aurélie Selvi

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A Nice, la cathédrale Saint-Nicolas est désormais propriété de l'Etat russe.
A Nice, la cathédrale Saint-Nicolas est désormais propriété de l'Etat russe. — J.C. MAGNENET / ARCHIVES ANP / 20 MINUTES

«Trop, c'est trop ! Cette situation est ubuesque ! » La Fédération de Russie a durci le ton hier au Tribunal de grande instance (TGI) de Nice. Devant le juge de l'exécution, son avocat Me Confino a réclamé l'expulsion pure et simple de l'association cultuelle orthodoxe Acor de la cathédrale Saint-Nicolas, qu'elle gère depuis les années 1920. Une requête qui fait suite à une décision de la cour d'Appel d'Aix-en-Provence (du 19 mai 2011) déclarant l'Etat russe propriétaire de l'Eglise orthodoxe de Nice. « Malgré cette décision et une sommation par huissier, Acor refuse de remettre les clés à la Fédération de Russie, déplore Me Confino. On ne peut même pas pénétrer dans les lieux pour faire des travaux, alors que des photos prouvent un état de délabrement évident ». Plafond en partie effondré, peintures et fresques décrépites… La cathédrale ne serait plus sûre à en croire l'avocat, qui a réclamé au début du mois une inspection aux services de la ville de Nice (voir encadré).

Dialogue de sourds
Des arguments que réfute en bloc l'association cultuelle orthodoxe. « Ces photos valent ce qu'elles valent. Avec les zooms aujourd'hui, on arrive à faire ce que l'on veut, rétorque Me Valli, avocate d'Acor. Depuis plus de 20 ans, l'association a mené de nombreux travaux : réfection des dalles du parvis et des dômes, étanchéité, façade… », argue l'avocate. Et de brandir à l'audience un ouvrage, paru en 2010, vantant l'architecture de l'Eglise russe niçoise…
Hier, dans la salle, de nombreux sympathisants et membres de l'association cultuelle avaient fait le déplacement, « interloqués » par l'attitude de l'Etat russe. « Cet été, les pouvoirs publics russes avaient dit qu'ils ne s'interposeraient pas, qu'ils nous laisseraient régler cela avec le patriarcat de Moscou. On espérait un dialogue charitable et voilà qu'on veut nous expulser ! », s'étonnait hier Michel Philippenko, 2nd prêtre de l'Eglise. Un dialogue de sourds qui devrait bientôt toucher à sa fin : mise en délibéré, la décision du juge d'exécution sera rendue lundi après-midi. A moins que le magistrat ne soit déclaré « incompétent à prononcer l'expulsion », comme le soutient l'avocate de la défense…

La ville de Nice va mener une inspection sur place

« Notre service de prévention des risques urbains s'est bien rendu sur place ce jour pour effectuer une inspection des lieux mais a trouvé porte close. Dans l'attente d'un nouveau rendez-vous, seul un repérage visuel de la façade a pu être effectué », a indiqué hier la ville de Nice à 20 Minutes.