De l'art de rue qui ne manque pas d'air

Aurélie Selvi

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Attention, créations gonflées ! Depuis une dizaine d'années, dans le cortège du carnaval de Nice, la compagnie des Plasticiens volants fait lever les têtes et briller les yeux. Au bout de ses cordes, d'hallucinantes structures gonflables. « Des marionnettes à l'envers » qui survolent le public... sans le prendre de haut. « Ce qu'on aime, c'est être au milieu des gens. Qu'ils ne soient pas spectateurs mais à l'intérieur de l'histoire », lance Marc Bureau, l'un des directeurs artistiques de la troupe.
Cette année, c'est au cœur d'un délirant aquarium qu'ils nageront. Histoire de séduire le Roi de la Méditerranée, méduses, homard et murène XXL plongent sur Masséna. Et parmi la dizaine de créations qui s'invitent dans les corsi, certaines ont déjà vu du pays... A l'instar des poissons colorés, qui ont joué les vedettes aux Jeux paralympiques de Sydney, ou d'Artémis, échappée de « Babilonia », l'un des spectacles originaux des Plasticiens, joué en Roumanie et au Portugal...
« Quinze jours de carnaval, c'est aussi l'occasion pour nous de tester des nouveautés », explique Marc Bureau. Au milieu des chars, l'effrayant monstre à deux têtes, sorti des abysses, fait ainsi son baptême dans le ciel niçois. Pour lui donner naissance : il aura fallu deux mois de travail, des mètres de fils et de toile de spi, utilisée pour les voiles de bateau. Et tout le talent des peintres, modeleurs, couturiers, traceurs... Une trentaine de fous de gonfleurs qui donnent vie à leur imagination depuis le Tarn. Dans la petite ville de Graulhet, victime de délocalisations à répétition, les artistes de rue ont remplacé les ouvriers dans les hangars. Celui des Plasticiens volants s'appelle... « l'usine de l'émancipation ». Et son épopée, qui dure depuis 1976, la troupe la raconte dans un premier ouvrage époustouflant*, baptisé De nos rêves occupons le ciel. « Un livre à notre image, qui part dans tous les sens ! » dixit Marc Bureau.