Une soirée en maraude avec le Samu social dans les rues de Nice

Aurélie Selvi

— 

« Avant de nous signaler quelqu'un au 115, ça ne coûte rien d'aller lui parler », lance Loïc.
« Avant de nous signaler quelqu'un au 115, ça ne coûte rien d'aller lui parler », lance Loïc. — A. SELVI / ANP / 20 MINUTES

Mardi, fin de journée pluvieuse. Le thermomètre affiche 9°C. Comme tous les jours, la camionnette blanche du Samu social entame sa tournée. A l'intérieur, il y a Loïc, Franck, Jacques, Olivier, Catherine et Richard. Salariés, bénévoles ou stagiaire à la Croix Rouge. Leur mission jusqu'à 23h au moins : créer du lien, mettre à l'abri et protéger du froid les personnes qui vivent dans les rues de Nice.

19 h. Portable vissé à la poche, Loïc nous fait monter. « Soirée assez calme », lance le coordinateur. Une heure que la maraude tourne et pas encore de signalement du 115. Mais au passage de relais, l'équipe de jour a transmis 3 « fiches de liaison » de personnes à aller voir.

19 h 30. Direction Pasteur. Près d'une salle de sport, on cherche une dame qui vit dans sa voiture. Une gardienne a donné l'alerte. C'est le 4e passage du samu et toujours personne... Juste une épave avec un drap pour fenêtre avant.

20 h. 1er signalement. C'est Pascal, derrière Nice Étoile. En fauteuil, planqué sous une couverture humide, il refuse de passer la nuit en centre d'accueil... mais ne dit « pas non » à un p'tit café et une clope. « Sa situation est problématique mais on emmène personne de force en foyer d'urgence », glisse Loïc.

20 h 30. Sur Jean Médecin, Henry non plus ne veut pas entendre parler d'hébergement. « La rue et moi, ça fait 30 ans que ça dure », dixit ce fana de politique qui « rêve d'une femme présidente ».

21 h. Urgences de Saint Roch. Nono nous y attend. Cet après-midi, ce gaillard plein de vie est tombé en hypothermie. La faute au froid et à l'alcool... Il y a un bail, il passait son CAP menuisier dans le 93. Ce soir, on l'emmène passer la nuit à la halte, un centre d'accueil. Il rigole : « Mets le chauffage à bloc Jacques ! ».

21 h 30. Derrière le port, voilà la halte, un lieu d'accueil d'urgence géré par l'association Actes. On y vient « pour manger un bout, dormir ou parler », dixit Marie, travailleuse sociale. Ce soir, il ne reste déjà plus que 2 lits sur 35. A la différence de la structure municipale, le lieu accueille les gens alcoolisés, sous produit, ou avec leur chien. On y dépose Nono. Il pique une colère : « Cet hiver, ça va être la galère. Il faut ouvrir plus de centre ! »

22 h 10. Poste de police, Gabriel Fauré. Comme tous les soirs, Fabrice veut une couverture. Il souffre d'un grave handicap mental. « On manque de centres adaptés », déplore-t-on au Samu social.

23 h. La soirée s'achève. La camionnette prend la Prom'. C'est dans ce décor de carte postale que Carl, un SDF de 58 ans, est mort d'une crise cardiaque samedi dernier. Jacques en parle, les larmes aux yeux. « Des fois, on se dit qu'on sert pas à grand chose. Et puis on repart... », conclut Loïc.