Nice : Une messe pleine « d’espérance » et de « résistance » après l’agression d’un prêtre au couteau

HOMMAGE Ce lundi soir, une messe avait lieu dans l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice, au lendemain de l’attaque au couteau du père Krzysztof Rudzinski et de la sœur Marie-Claude

Elise Martin
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Le père Gil Florini, le curé de la paroisse, a tenu la messe ce lundi soir, célébrée au lendemain de l'agression au couteau du père Krzysztof Rudzinski et de la sœur Marie-Claude
Le père Gil Florini, le curé de la paroisse, a tenu la messe ce lundi soir, célébrée au lendemain de l'agression au couteau du père Krzysztof Rudzinski et de la sœur Marie-Claude — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Un prêtre et une religieuse ont été blessés au couteau dimanche matin dans l’église Saint-Pierre d’Arène, à Nice, juste avant la messe.
  • Une messe était célébrée à cette occasion ce lundi soir.
  • La cérémonie était tournée autour de l’espérance, de la résistance et de la confiance.

Il était à peine 18 heures, lundi soir, lorsque les cloches de l’église​ Saint-Pierre d’Arène ont retenti dans le quartier rue de France, à Nice. Une messe s’est tenue au lendemain de l’ attaque du père Krzysztof Rudzinski, qui a reçu une vingtaine de coups de couteau, et de la sœur Marie-Claude, blessée à la main en s’interposant pour arrêter le forcené. Opérée dans la matinée, son bras en bandoulière, cette religieuse « depuis 72 ans » a tenu à être présente dans ce moment de recueillement. Elle était installée non loin de plusieurs élus, Christian Estrosi et Eric Ciotti en tête, à qui le premier rang de la nef était réservé.

Le père Gil Florini, curé de la paroisse, qui a dirigé la cérémonie a, dès l’introduction, demander d’adresser les prières « aux victimes encore en vie » de cette agression en rassurant sur l’état de santé du père, toujours à l’hôpital. Il a aussi insisté sur la miséricorde à avoir pour le « forcené ». « Quoi qu’il advienne, nous ne devons pas avoir peur », s’est-il exclamé depuis l’autel.

« Jésus Christ lui a dit "ferme ta gueule" »

Ses mots ont résonné dans l’édifice religieux, jusqu’à Jeansen, 10 ans, présente avec son petit-frère Michel, 8 ans. Les enfants qui font du catéchisme depuis trois ans « avaient peur » en rentrant aujourd’hui dans l’église. Leurs parents, Michel et Maysoun, ont alors pris le temps de les rassurer. « C’était important de venir. On habite juste à côté. Quand on a appris ça, ça nous a forcément fait un choc, confient-ils. Mais comme ça a été dit ce soir, ça nous encourage à venir davantage à l’église et à résister ».

L’acte de résistance, c’est le père Yves-Marie Lequin qui l’a évoqué en l’associant à l’espérance lors d’une prise de parole avant l’eucharistie. « L’espérance ne va pas toute seule, a-t-il commencé en rappelant que cette église avait déjà subi le soir de l’attentat du 14-Juillet. Elle est accompagnée de deux choses : la résistance et la confiance. » L’aumônier des artistes a imagé l’acte de résistance de la sœur Marie-Claude par la force de Jésus-Christ lorsqu’il avait vaincu la tempête en lui disant « ferme ta gueule », selon sa traduction de l’Évangile.

Pour la confiance, il a fait référence au « risque d’accueillir » de l’église mais qui « restera ouverte » pour « laisser la lumière allumée ». Il fait référence à ce moment-là, à Kévin, le « forcené », qui était « un habitué » des lieux. « L’église restera un phare de sécurité », assure-t-il.

« C’est notre sauveuse »

Finalement, c’est ce qu’a senti Odile, une fidèle qui fréquente cette église depuis un an. Elle était présente lors des faits dimanche mais n’a pas hésité à revenir lundi soir pour la cérémonie. Elle a d’ailleurs voulu remercier la sœur avant de partir. « C’est notre sauveuse », affirme-t-elle. Après la messe, une dizaine de personnes l’entoure. Ils l’applaudissent. « Elle a toujours eu une pêche incroyable, toujours volontaire avec une énergie exceptionnelle, assure Lydiane, une autre habituée de cette paroisse. Ça ne m’étonne pas d’elle. C’est une héroïne. »

Aux personnes qui lui demandent, la sœur explique alors que « ce n’était pas [sa] main mais celle du Seigneur » qui a voulu stopper le forcené qui s’est ensuite arrêté. « Je rends grâce à Dieu car s’il n’y avait pas eu cette intervention extraordinaire, divine, ni le père Krzysztof ni moi, nous ne serions là. Il aurait pu me couper la carotide. » Elle « n’a que le pouce plâtré » avec tout de même « un muscle coupé », précise-t-elle.

D’un point de vue émotionnel, elle a « de temps en temps, une petite larme », mais n’est « pas ébranlée sur le plan psychologique ». Une de ses prières était d’ailleurs pour « ce jeune » de 31 ans qu’elle « connaissait de vue » et pour qui elle n’a « aucune envie de vengeance, aucune haine. » « C’est lui qui est blessé plus que nous », conclut-elle.